Gare de Bobigny 4 oct. 2014

Explorations Urbaines – la Gare de Bobigny

Atelier en partenariat avec la Revue Rue Saint Ambroise

 

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Pour mon premier atelier “surprise”, nous nous sommes donnés rendez-vous  sur le pont de chemin de fer. Après une visite guidée du lieu de mémoire, nous avons écrit à partir de trois auteurs : Sei Shônagon, Charlotte Delbo, Marguerite Duras

L’atelier

3 propositions d’écriture

1. L’inventaire de Sei Shônagon.

Des petites tables carrées.

Un chien qui aboie pendant le jour.
Les nuages blancs, pourpres, noirs, me ravissent
.

Une nasse à poissons au printemps.

Un vêtement de couleur de prunier rouge, au troisième ou au quatrième mois.

Un conducteur qui déteste son bœuf.

La guitare, la harpe à treize cordes.
L’air du “Parfum de la brise”
Un visiteur qui parle longtemps alors qu’on est pressé.


En frottant le bâton d’encre de Chine sur la pierre de l’écritoire, on rencontre un cheveu qui s’y est introduit.Ou encore, un petit caillou était caché dans ce bâton d’encre, et il grince : gishi, gishi.

Soudainement quelqu’un tombe malade, on va chercher l’exorciste. Mais il n’est pas où d’ordinaire on le trouve, on le cherche partout, on attend impatiemment et un long temps s’écoule. Enfin, il arrive, on l’invite avec joie à faire ses prières. Hélas, peut-être s’est-il fatigué à dompter les démons, ces jours derniers ? À peine a-t-il pris place que déjà sa voix endormie n’est plus qu’un murmure. C’est très détestable.

Notes de Chevet, traduit du japonais par André Beaujard, Connaissance de l’Orient, 1966.

Biographie
 : Sei Shōnagon (清少納言?) est une femme de lettres japonaise, auteure des Notes de chevet, l’un des deux chefs-d’œuvre de la littérature japonaise de l’époque de Heian (IXe   XIIe siècles).
Son œuvre Makura no sōshi est une collection de listes, de poésies, de complaintes, d’anecdotes, de réflexions et d’observations glanées tout au long de son séjour à la cour. Sei Shōnagon laisse libre cours à son esprit dans ce texte inclassable, qui préfigure le fragment de la littérature contemporaine.
On estime que les Notes de chevet ont été achevées entre 1001 et 1010.

a). À partir de l’exemple des Notes de chevet de Sei Shônagon, dressez un inventaire du lieu, de la visite : tout ce qui semble digne d’être noté doit l’être. Que retient l’œil ? Que Remarque t-il ? Que juge-t-il de consigner, de souligner ?
 Faites une liste, la plus complète, détaillée possible. Faites la liste des choses remarquables (y compris ce que ces choses ont de détestables).

b). Une fois votre liste établie, ranger les choses dans des rubriques.   Les notes de chevet sont en fait réparties par rubrique (titre des rouleaux) :
Choses qui paraissent agréables.
Choses qui ne sont bonnes à rien.
Choses qui paraissent pitoyables.
Choses qui sont excessivement effrayantes
Choses qui donnent une impression de chaleur.
Choses qui font battre le coeur.
Choses dont on néglige souvent la fin.
Choses que l’on méprise.
Choses détestables.
Choses qui ne font que passer.
Choses qui donnent confiance
Choses qui rendent heureux
choses qui ne fonctionnent plus
Choses que les gens ignorent le plus fréquemment.
Choses mauvaises
Choses magnifiques
Choses qui gagnent à être peintes

2. Il y a ceux qui… Il y a celui qui… il y a celle qui…

Il y a ceux qui viennent de Varsovie avec de grands châles et des baluchons noués Il y a ceux qui viennent de Zagreb les femmes avec des mouchoirs sur la tête Il y a ceux qui viennent du Danube avec des tricots faits à la veillée dans des laines multicolores Il y a ceux qui viennent de Grèce, ils ont emporté des olives noires et du rahat-lokoum Il y a ceux qui viennent de Monte-CarloIls étaient au casino Ils sont en frac avec un plastron que le voyage a tout cassé ce sont de gros banquiers qui jouaient à la banque…

Extrait de “Aucun de nous ne reviendra” de Charlotte Delbo

Biographie : Communiste, issue d’une famille d’immigrés italiens, elle travaille avant la guerre comme assistante du metteur en scène Louis Jouvet. Elle s’engage en 1941 dans la Résistance avec son mari, arrêté avec elle et fusillé en 1942. Elle est déportée à Auschwitz dans le convoi du 24 janvier 1943 parmi 230 femmes. Une  des 49 rescapées de ce convoi qui compte principalement des déportées politiques, elle écrit à son retour,  Aucun de nous ne reviendra, et le fait publier en 1965.

À partir du texte de Charlotte Delbo, décrire  des personnes (d’après les photographies sur le site) ou imaginez vos propres personnages avec la formule :  il y a ceux qui,  il y a celles qui… (forme singulier aussi)

 

3. Extrait du Scénario Hiroshima, Mon amour, dialogues de Marguerite Duras

Lui : Tu n’as rien vu à Hiroshima, rien.
Elle : J’ai tout vu, tout.

Biographie : Par la diversité et la modernité de son œuvre, qui renouvelle le genre romanesque et bouscule les conventions théâtrales et cinématographiques, Marguerite Duras est un auteur incontournable.

Violence du témoignage, de la parole, de ce qu’il est difficile de décrire. Continuer le dialogue en vous basant sur ce que vous avez vu. Lui, il a vu et continue de répéter ” Tu n’as rien vu”,  elle n’y était pas. Difference entre celui qui était sur place et celle qui en voit les photos, entend les témoignages après l’événement…  Construire ce dialogue autour de la gare de Bobigny, de cette difficulter de voir…

 

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Extraits des textes produits

 

Il y a celle qui tient son enfant contre son cœur et qui cherche du regard un point d’accroche pour les tirer de là ; il y a ces deux qui sont serrés l’un contre l’autre, soudés même, quand hier les connaissait amants et qu’aujourd’hui les découvre désarmés, il y a celles qui s’agenouillent auprès des fillettes hébétées pour leur frotter les joues à la recherche d’un inutile sourire.

Il y a celui qui a encore son chapeau incongru, qu’il tape parfois au plafond du wagon, le chapeau de guingois tombe sur son front ridé, ses sourcils assombrissent ses yeux inquiets et il scrute les parois de la porte qui vient de claquer en grinçant, et celui-là se demande vaguement, profondément, se demande peut-être, si, où, enfin, vraiment, il ne sait pas, celui-là, il se demande.

Il y a ceux-là qui parlent sans arrêt, des flots de questions avec des flots de réponses appropriées, croient-ils appropriés, car bien sûr leur fertile imagination est fort éloignée du registre de la barbarie, non pas imaginée mais bel et bien logistiquée par d’autres, tant pis, ils parlent et remplissent le maigre espace vital du wagon confiné.

Il y a celui qui veut laisser sa trace, son témoignage, qui a vécu des semaines emprisonné dans un camp puis un autre, qui a vu l’impensable, qui a défié la prudence pour trouver un bout de papier, un crayon, qui a de sa plus minuscule écriture raconté l’enfer et qui tient encore serré dans son poing la boule de papier secrète qu’il n’a pas réussi à jeter en lieu sûr. Il y a celui qui a vu un papillon bleu avant de monter dans le wagon.

Il y a celle qui sanglote en silence, c’est plus fort qu’elle, elle sent les larmes sur ses joues, elle hoquète intérieurement, son corps entier tressaute, et pas un seul bruit ne sort de sa bouche scellée pour toujours, elle ne saura plus parler, elle ne sait que pleurer et son regard se fixe au rouillé de la cloison de fer.

Il y a celui qui a perdu ses lunettes, c’est sans importance, se dit-il.

Françoise de Burine

 

•••

Choses qui font battre le coeur :
– Des travers de chemin de fer rouillés où résonne encore le martèlement de la locomotive.
– Une nature en friche, éparpillée, une infinité de minuscules tombes végétales.
– Des ordres beuglés par des officiers SS ? Non, seulement par un maître d’oeuvre de la SNCF.
– Le son des criquets, à la manière d’autant de déflagrations de mitraillettes.
– Un cri au loin.

Choses que les gens ignorent le plus fréquemment:
– Une plainte inaudible.
– Le flot constant de la circulation.
– Des tiges qui vacillent sous les attaques du vent.
– Un bus descend l’avenue, de simples voyageurs cette fois-ci.

Choses qui paraissent agréables :
– Les yeux clos, des criquets s’égosillent, la Charente à Bobigny. – Une brise légère, un soleil intense.
– Aveuglé par l’astre céleste mais sombre dans mes pensées.

Loïc Chastagnol

 

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Atelier proposé par Chris Simon
1ère mise en ligne et dernière modification le 26 Novembre 2014

Je remercie les organisateurs de la Gare de Bobigny et la ville de Bobigny pour leur accueil et leur générosité.

2 thoughts on “Gare de Bobigny 4 oct. 2014

    1. chrisimon Post author

      Merci Michèle pour ta lecture et ce retour. Pas assez à mon goût. Plusieurs annulations à l’approche de la date. Une journée magnifique et je referai des ateliers en 2015.

      Reply

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