Autoédition : réponses aux 10 questions que vous vous posez

Je viens de lire une enquête sur l’autoédition intitulée L’autoédition pour quoi comment pour qui ? de Charlie Bregman. J’ai apprécié la qualité de l’ouvrage et l’intérêt de l’enquête, menée auprès de 130 auteurs francophones et volontaires, puisqu’ils ont répondu spontanément au questionnaire que proposait Charlie Bregman.

Je fais partie des auteurs qui ont répondu, et après lecture du livre, je me dis que j’ai bien fait. L’autoédition continue d’avoir une mauvaise image, continue de soulever des réticences dans les médias bien sûr, espace où elle est totalement ignorée sauf pour nous raconter de temps en temps comment un éditeur à découvert un auteur sur Amazon, le plus souvent Américain ! Alors, j’ai invité Charlie Bregman pour en savoir plus sur l’enquête qu’il a menée et l’autoédition dans les pays francophones.

L'auto-édition Pourquoi Comment Pour qui ?

 

Disponible sur Amazon, Fnac et Kobo

 

1. Pourquoi vous vous êtes intéressé au phénomène de l’autoédition et aux autoédités en particulier ?

Je fais moi-même partie du milieu des autoédités. Je les côtoie sur les réseaux depuis trois ans, et je suis leurs aventures avec beaucoup d’attention. Un certain nombre de leurs ouvrages m’ont séduit, que pour une très grande majorité de ceux que j’ai pris le temps de découvrir, je n’ai pas été déçu.
Mais rapidement, je me suis rendu compte que, même lorsqu’on fait tout son possible pour proposer des livres d’une qualité égale à celle des éditeurs, tous les autoédités se heurtent à un même problème : celui de la crédibilité.
Un autoédité, pour les gens en général, c’est un auteur au rabais. Et en plus, quelqu’un qui ne respecte rien, puisqu’il s’est autoproclamé auteur tout seul ! Quel scandale, n’est-ce pas ? « Un auteur, c’est quelqu’un qui est publié par un éditeur ! », « Les bouquins des autoédités sont truffés de fautes ! », « Un autoédité, c’est quelqu’un qui n’a pas trouvé d’éditeur. Donc son livre est forcément mauvais. » Etc.
Voilà ce que pensent les gens ! Voilà ce que l’on parvient à laisser penser à ceux qui aiment les livres ! Et quoi de plus normal d’ailleurs, puisque personne ne parle des succès de l’autoédition dans les médias, hormis lorsque ces succès sont récupérés par un éditeur ?
J’ai moi-même entendu un libraire répondre, à la question « Est-ce qu’il vous arrive de proposer des ouvrages autoédités à vos clients ? » : « Ah non ! Certainement pas ! On ne fait pas de ça ici ! »
Ces préjugés doivent cesser. Évidemment qu’il existe plein de livres autoédités qui sont de vraies caricatures, écrits avec des fautes à tous les mots (pour ne parler que de l’orthographe), mais il faut être d’une mauvaise foi absolue pour penser que ces ouvrages peuvent trouver un lectorat en dehors du cercle restreint de l’auteur lui-même : rien que la rédaction du résumé est un grand panneau sens interdit affiché à la vue de tous !
Pour moi, dès qu’un auteur a un lectorat avec lui, c’est que son livre mérite d’avoir de la visibilité. Et c’est ce qui me permet de faire une distinction entre un ouvrage autopublié, c’est-à-dire simplement rendu public, et un ouvrage autoédité : car ce lectorat, il faut que l’auteur fasse l’effort d’aller jusqu’à lui, et en général, cela commence par une véritable prise en considération dès la phase d’écriture.
Si on s’autoédite, c’est pour être lu. Sinon, on garde ses écrits pour soi.
Ce n’est pas parce que tout peut être publié facilement qu’il faut tout publier de ce qui ne regarde que soi.

2. Vous avez vous-même fait le choix de l’autoédition, pourquoi ?

La première raison, c’est que je manquais de confiance en moi. J’ai d’abord publié l’intégralité du brouillon de mon premier roman sur un blog, et même si le blog a drainé une moyenne de trois cents lecteurs chaque jour pendant toute l’année 2007 et que ce sont ces lecteurs qui m’ont poussé à en faire un livre papier, j’avais besoin de vérifier, après plus de trois ans de corrections, que mon livre pouvait conquérir un nouveau lectorat. En France, les éditeurs ont de plus en plus de mal à assumer le lancement d’un nouvel auteur. Un premier roman se vend en moyenne à 700 exemplaires ! Et il s’agit d’une moyenne. Je ne voulais pas céder mes droits à un éditeur pour un chiffre pareil. Mon livre a été écrit pour redonner le sourire aux gens, et je ne vois pas pourquoi il ne bénéficierait que de quelques semaines de présence en librairie avant de terminer au pilon. En plus, je ne me sentais absolument pas capable d’assumer la promo de mon livre. Par acquis de conscience, j’ai quand même envoyé mon manuscrit à une seule grande maison d’édition, sans y croire et aussi avec une certaine appréhension, un peu comme lorsqu’on remplit une grille de loto pour le tirage de la super cagnotte et qu’on a peur de l’argent. Je me suis dit que leur avis serait mon choix.
Lorsque j’ai reçu ma lettre type, trois mois plus tard, me disant « les impératifs spécifiques des collections nous obligent à des choix sévères, qui parfois nous laissent à nous-mêmes des regrets », ça a été un grand soulagement et je me suis immédiatement lancé dans la liberté incroyable que procure l’autoédition.
Cette liberté, c’est ma deuxième raison.

3. Y a-t-il eu un événement déclencheur pour cette enquête ? Lequel ?

En 2014, j’ai donné un virage à mon ancien blog pour donner de la visibilité aux auteurs autoédités. Mais au bout de quelques mois seulement, je me suis aperçu que tout le temps que je leur consacrais n’avait que très peu de répercussions sur leurs ventes. Les interviews étaient lues, oui, mais ce n’était pas pour autant que les livres présentés se vendaient mieux. C’était désespérant. Et puis, depuis deux ans, il y a de plus en plus d’auteurs qui arrivent sur le « marché » de l’autoédition, et cela se fait, j’ai l’impression, au détriment d’une bonne solidarité. Ma conviction est qu’il n’existe pourtant pas de véritable concurrence, en littérature. Nous avons tout à gagner à faire bloc pour nous enrichir des uns des autres plutôt que regarder d’un air méfiant ce que publie l’auteur d’en face. Tout ce qui pourra sortir et faire honneur à l’autoédition fera du bien à l’autoédition en général.
Alors j’ai voulu vérifier, à travers cette enquête, si ce n’était pas moi qui surestimais le professionnalisme des auteurs autoédités. J’ai voulu en savoir plus. Établir un constat objectif des problèmes rencontrés, des limites de l’autoédition, et aussi un panorama de toutes les habitudes de travail mises en place par les auteurs, afin que leurs réponses puissent servir de bible à tous ceux qui ont des écrits à partager. Permettre à tous d’avancer peut-être dans le bon sens, finalement.

4. Quelles étaient vos motivations au départ ?

Fédérer les expériences personnelles de chaque auteur autour d’un objectif d’amélioration qui puisse contribuer à une meilleure reconnaissance du statut d’autoédité en général.

5. Qu’avez-vous appris des autoédités ?

Je me suis rendu compte à quel point ils investissent, en temps, en énergie, et en argent parfois, sur leur activité. La moitié d’entre eux consacrent plus de 10 jours complets par mois à l’autoédition. 3 autoédités sur 4 ont un réel projet éditorial établi. Un tiers des autoédités interrogés ont pour objectif de vivre de leurs publications à moyen terme.

Et 4 auteurs sur les 107 ayant accepté de répondre à cette question ont déjà réussi à faire de leurs publications une activité professionnelle à part entière. Cela correspond à des revenus supérieurs à 2 000 € tous les mois… avec 3% d’entre eux qui gagnent plus de 5000 €.
Pourquoi aucun média n’en parle ? Personne ne le savait ? Alors le moment est vraiment venu pour les journalistes de lire ce livre 😉
Et puis stop aux amalgames livres autoédités / livres numériques, auteurs autoédités / auteurs refusés par les éditeurs… 85% des autoédités publient également au format papier (le numérique ne se substitue pas au papier, il est un format complémentaire et amène aussi à la lecture des gens qui ne lisaient plus depuis leur sortie du système éducatif), et un quart des auteurs interrogés sont également publiés par des éditeurs.

6. À qui s’adresse ce livre ?

Rien qu’à titre personnel, j’ai beaucoup appris des réponses apportées par les auteurs, principalement en ce qui concerne la promotion des ouvrages. Cette enquête a permis de recueillir une liste extrêmement complète de tous les moyens dont nous disposons pour nous faire connaître. Plus qu’un rapport de statistiques qui valent ce qu’elles valent, c’est surtout un vrai guide de l’autoédition.
Ce livre s’adresse donc à tous les autoédités, actifs ou futurs. Vous connaissez quelqu’un qui écrit, qui veut publier ses livres, qui du mal à trouver un éditeur, qui souhaite se constituer un lectorat avant d’aller voir les éditeurs ? Avec toutes les informations contenues dans cet ouvrage, il gagnera un temps fou.
Et comme le but est de faire évoluer les mentalités, ce rapport d’enquête s’adresse aussi aux libraires, aux journalistes, aux bibliothécaires… Tous ceux qui sont des prescripteurs auprès des lecteurs.
Et enfin, il y a tous ceux qui ont compris que dans tout changement se cachent des opportunités. Alors que vous soyez éditeur, agent littéraire, entrepreneur, start-up du monde numérique, il y a certainement dans cette étude des germes de business à ne pas laisser filer.

7. En vue des chiffres annoncés (4% des autoédités gagnent  plus de 2 000,00 € par mois), il semble que les lecteurs apprécient les livres autoédités, non ?

Les lecteurs apprécient les livres autoédités, mais il faut aller les chercher. Car l’autoédition a mauvaise réputation. Ces auteurs qui ont réussi à s’octroyer un salaire grâce à leurs publications ont non seulement réussi à conquérir un lectorat, mais surtout, ils ne l’ont pas déçu. Bravo à eux.

8. En quoi selon vous le lecteur est gagnant avec les livres autoédités ?

Le lecteur gagne sur plusieurs registres.
Le premier est sans doute le prix, qui est souvent bien inférieur à celui d’un éditeur.
Ensuite, l’autoédition permet l’émergence d’une plus grande diversité littéraire, avec plus d’originalité et même des mélanges de genres parfois très audacieux. Là où un éditeur se montrera assez frileux dans sa prise de risque, un auteur autoédité va foncer sans se poser de questions, car il est entièrement libre. Il écrit ce qu’il a envie d’écrire.
Mais le lecteur gagne aussi dans le rapport qu’il entretient avec l’auteur. C’est très facile d’entrer en contact avec un autoédité et de lui faire part de son expérience de lecture.

9. Comment un lecteur peut déterminer si un livre autoédité va l’intéresser ou pas, si la qualité qu’il recherche sera au rendez-vous ?

Je dirais que le choix d’un livre autoédité s’apparente beaucoup à celui d’un livre en librairie. Ce n’est pas parce que vous feuilletez trois pages d’un bouquin que vous ne serez pas déçu(e). Donc pour savoir si un livre va nous intéresser, c’est toujours pareil : il faut le lire !
Par contre, pour se faire une idée de la qualité d’un livre autoédité, déjà, prenez le temps d’en juger la présentation. Une couverture négligée, par exemple, peut donner un indice sur le degré de négligence de l’auteur. Ensuite, il y a le résumé. S’il contient des fautes d’orthographe à toutes les phrases, vous avez votre réponse. Pas la peine d’aller plus loin. Ensuite, c’est facile de trouver des commentaires d’autres lecteurs. Si la qualité n’est pas au rendez-vous, vous le verrez. Il y a toujours des gens qui détestent tout, qui se font un malin plaisir de poster des commentaires assassins, mais ils ne sont qu’une minorité. Prenez le temps de découvrir les autres commentaires, même si d’autres, à l’inverse, sont trop élogieux. On peut d’ailleurs suspecter les autoédités de s’entraider en se commentant leurs ouvrages entre eux. Il est vrai que des rapports amicaux peuvent se tisser entre certains d’entre eux, mais un auteur sérieux ne prendra jamais le risque de commenter positivement un ouvrage qu’il ne juge pas à la hauteur. Il mettrait en gage sa propre crédibilité…
Et puis la meilleure façon de se faire une idée, c’est de lire un extrait. Sur n’importe quelle plateforme de vente, cela est toujours possible. Si vous en voulez plus, tapez le nom de l’auteur ou du livre dans un moteur de recherche. Peut-être en saurez-vous davantage sur un blog, ou sur une plateforme de diffusion gratuite, sur laquelle l’auteur aura laissé d’autres extraits…
C’est facile de se faire une idée de la qualité que l’on peut espérer retrouver dans le livre.
Et puis en cas de déception, car cela peut arriver, dites-le à l’auteur. Expliquez-lui pourquoi. Personnellement, plusieurs personnes m’avaient fait remarquer que mon début de roman était un peu long. Elles avaient raison. Dans la nouvelle édition, j’ai supprimé un des premiers chapitres. Je me faisais plaisir à moi avec un exercice de style, mais cela n’apportait rien à l’histoire…

10. Qu’avez-vous envie de transmettre aux lecteurs qui hésitent encore à lire les livres autoédités ?

Vous n’avez rien à perdre ! Au contraire, découvrir un auteur autoédité, c’est l’adopter !

 

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Pour en savoir plus sur Charlie Bregman :

Site/Plateforme  Charlie Bregman

Site des Auteurs Indépendants

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