Cadavres Exquis numériques : Mode d’emploi

J’ai fait mon premier cadavre exquis à l’école (Merci à André Breton et aux  institutrices et instituteurs qui intègrent les inventions des surréalistes dans leurs cours). Il fallait écrire un mot sur un papier, plier le papier pour en cacher le mot et passer à sa voisine ou son voisin et ainsi de suite sur toute la rangée. Ensuite on dépliait, une/un élève lisait. Toute la classe se tordait de rire. Nos petits corps se contorsionnaient d’étonnement, de surprise, gesticulaient embarrassés ou libérés, c’était selon, devant un tel déploiement d’imagination, de non-sens et d’absurde.

Avec candeur ou sans, chacune et chacun se regardaient sous un nouvel angle. Cette phrase qui ne suivait pas la syntaxe et la logique apprise transformait soudain la réalité, nous en sortait radicalement pour nous en donner à voir une autre.

Imaginaire

Récemment, j’ai renouvelé l’expérience sur une proposition des Éditions de l’Abat-Jour pour la revue numérique L’Ampoule, dirigée par Marianne Desroziers et pour  Cadavre Ô Mon Exquis, plateforme numérique de création ouverte de Joël Boulvais, sur laquelle il invite auteurs confirmés ou débutants à continuer ses textes…

Ça m’a plu ! J’y ai redécouvert et retrouvé le don, le partage, le jeu, un certain esprit de métissage et une sensation de libération dans mon écriture !

À l’Ampoule le thème était imposé. J’ai reçu par email un texte surprise inachevé, composé par trois auteurs différents. Je l’ai lu. Écrivant en quatrième position, j’ai dû respecter le genre polar, très éloigné de ce que je fais, et poursuivre ce qui avait été commencé, faisant avancer l’histoire et en m’amusant à développer un aspect des personnages déjà en place. Se confronter à un genre que l’on ne pratique jamais angoisse et libère.

Sur la plateforme de Cadavre Ô Mon Exquis, Joël Boulvais propose quatre textes. J’ai choisi Le tunnel, texte qui m’a inspirée dès la première lecture. On a tous fait, que ce soit au niveau symbolique ou réel, l’expérience du tunnel. Le tunnel est dans notre imaginaire individuel et collectif. J’ai aimé plonger et me perdre dans cet imaginaire.

Ces cadavres exquis diffèrent de ceux des surréalistes dans la mesure où on a accès aux textes précédents. Le jeu consiste à les continuer en respectant thème, début d’histoire et un nombre de mots limité. La surprise, l’étonnement vient donc plutôt de l’écriture de l’auteur qui vous précède ou vous suit que de la juxtaposition incongrue des textes des participants.

À travers ces deux expériences, j’ai rencontré des auteurs de manière tout à fait singulière, car je les ai abordés au coeur de leur écriture, au coeur de leur intimité, de leurs mots, leurs émotions, leurs divers talents et leurs maladresses aussi.

L’acte d’écrire fragilise. Le jeu fait entrer celui qui écrit en territoire inconnu et lui fait oublier son état de fragilité, cependant il demeure. Cet état pousse l’auteur à créer, le remet en question et le force à puiser dans son imaginaire et non plus forcement dans son réel. L’imaginaire prime en littérature,  y accéder, en apprivoiser les multiples facettes et le developper est crucial pour un auteur.

L’expérience de l’écriture de l’autre dans un cadre imposé permet à chaque auteur de rencontrer son double au coeur même de ce qu’il est : celui qui écrit. J’ai pris un grand plaisir à me risquer hors mon territoire, à relever les défis d’un autre, à côtoyer de nouveaux imaginaires.

écriture collective

Le cadavre exquis combine deux pratiques : la lecture et l’écriture. De ces expériences, j’ ai tiré quelques usages que je vous livre.

Cadavre exquis, Mode d’emploi

  • Le Work-in-Progress (le “en train de se faire” le procédé) est plus important que le résultat final.
  • Il faut lire attentivement ce que les autres avant vous ont écrit.
  • Comprendre ce qu’ils ont écrit, cerner les limites de leur écriture et de leur rapport et apport à l’histoire
  • Enregistrer les personnages, les informations qu’il faudra maintenir ou faire revenir ou développer pour une bonne compréhension du lecteur.
  • Respecter le genre, s’il y en a un, ainsi que la façon de parler des personnages pour la cohésion de l’ensemble
  • Il faut répondre au texte que l’on continue et de ce fait instaurer une sorte de dialogue intérieur avec les auteurs qui nous précédent. Un peu comme un musicien de Jazz répond à un autre musicien lors d’une improvisation.
  • Faire avancer l’histoire s’il y a une narration qui se dessine ou en créer une si l’on en sent l’envie ou le besoin en faisant appel à  son imagination.
  • Développer les personnages, ou introduire un nouveau personnage, un nouveau lieu, objet…
  • Repérer le thème, ou en créer un, pourquoi pas, s’il n’y en a pas encore.
  • Il faut se laisser aller à son imagination, son intuition. Pousser plus loin ce que l’auteur précèdent à proposer. Ouvrir les possibilités pour l’auteur qui vous suivra.
  • L’équilibre tient donc entre répondre et relancer (pousser le texte qui nous précède un peu plus loin).

Si vous connaissez d’autres initiatives, je vous invite à les communiquer sur ce blog.

POUR PARTICIPER :

Le site Cadavre Ô Mon Exquis attend votre visite, c’est sa raison d’être ICI

La revue l’Ampoule pratique des formes d’écritures collectives pour chaque numéro : « Versions » : quatre auteurs doivent écrire une nouvelle d’un maximum de 5000 signes chacun ayant pour point de départ la phrase suivante : « Un homme nu et amnésique se réveille dans un labyrinthe. » Plus de propositions pour le prochain numéro ici

GOINGmobo, the magazine of the Mobile Bohemian

Texte © Chris Simon. Photos © Mopsy, Chris Simon

 

4 thoughts on “Cadavres Exquis numériques : Mode d’emploi

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