Entretiens croisés entre Chris Simon et Laurent Bettoni_1.

Cette rubrique est née d’une idée de Laurent Bettoni. Il m’a proposé ces entretiens croisés entre son blog Écran total et le mien. J’ai accepté aussitôt.  Nous produisons tous les deux des ebooks. Et si ma carrière d’éditée a pris son envol en numérique, j’ai publié longtemps sur la toile et en revues papier. De même que Laurent a publié chez des éditeurs avant de se lancer dans l’aventure de l’auto-publication numérique.

Nous échangerons autour de six questions. Chaque question sera publiée en alternance sur mon blog et sur celui de Laurent Bettoni Écran total. “Croisé” signifie que nous avons établi un véritable cross-over entre nos deux blogs ; les questions 1, 3 et 5 seront traitées sur Le baiser de la mouche, les questions 2, 4 et 6 sur Écran total.

Au-delà du plaisir que nous prenons tous deux à échanger et à partager sur le thème du livre et de l’autoédition numériques – un vrai plaisir littéraire – nous espérons susciter des réactions, des réflexions, des débats. Un engouement, qui sait…

Sans cloisonnement sans préjugé faisons place à la première question :

Q 1

Quelles sont les raisons qui t’ont conduit(e) à l’autopublication en numérique ?

 

Chris Simon(Photo @louise_imagine)

Chris Simon
(Photo @louise_imagine)

Chris Simon. Une rencontre avec un auteur anglais en 2010. Quelques mois plus tard, il faisait un succès numérique et puis aussi un désir d’aventure. J’ai senti tout de suite que c’était pour moi, même si au début l’aspect technique m’a un peu décontenancée et découragée. J’ai ressenti un sentiment de liberté immense. Je n’ai jamais trouvé très épanouissant d’attendre une réponse par courrier ou courriel de la part d’une maison d’édition pour un manuscrit que j’avais envoyé. J’insisterai même pour dire que depuis que je ne pratique plus ce sport de luxe, je vis beaucoup mieux. Ma vie d’auteur a changé. Je me sens plus sereine et j’ai balayé pas mal d’illusions et de désillusions, celles qu’on se fait quand son manuscrit est refusé sans raison précise ou élaborée.

Laurent Bettoni. Ce que j’écris est rarement consensuel, et je l’écris avec un vocabulaire extrêmement peu châtié. Si bien que mes propos et mes mots peuvent choquer ou heurter. La plupart des éditeurs ne sont pas prêts à, estiment-ils, courir ce risque. Ils ont besoin de choses plus lisses, plus formatées, plus conformes à ce qu’ils pensent correspondre au « grand public ». Un éditeur me fait mentir, cependant : Lunatique. J’ai récemment découvert avec bonheur cette sublime maison à la ligne éditoriale incroyable, osée, moderne, ébouriffante, punk et rock’n’roll. Une maison d’édition… indépendante, évidemment.

Laurent Bettoni

Laurent Bettoni

Chez tous les autres, il faut rentrer dans le moule. Concernant mes deux derniers romans, Écran total et Les Corps terrestres, on n’a pas critiqué l’écriture, mais on a reproché au premier d’être trop violent, trop bizarre, trop sombre, et au second d’être trop pornographique, trop cru, trop choquant. Je ne me compare pas à ces talents, mais les manuscrits de Sade, Miller, Bukowski, Ellis, Palahniuk et Welsh seraient-ils acceptés aujourd’hui par des éditeurs français s’ils étaient présentés par des auteurs français ? Non. Je trouve ce retour à la pudibonderie et à la censure regrettable.

Donc, ce qui m’a conduit à l’autoédition numérique – entre un roman publié chez Robert Laffont et un prochain à paraître en 2013 chez Don Quichotte –, c’est l’amour de la liberté et un rejet de la censure, surtout quand elle confine à l’autocensure de la part de l’éditeur.

Liberté de sortir mon livre à la date qui me convient, en évitant ces deux bourbiers que représentent les rentrées de septembre et de janvier. Encore un mal purement hexagonal. La fameuse exception culturelle française, sans doute.

Liberté de publier des textes dans leur version d’origine, sans lissage, sans vernis, sans édulcorant, pour les proposer aux lecteurs tels qu’ils doivent être lus. En somme, je propose, et le lecteur dispose. Et s’il n’aime pas, tant pis pour moi. Ou tant mieux, l’essentiel étant qu’il réagisse. Pour lui, qu’il aime ou non, ça reste indolore, puisque le prix de mes romans n’excède pas 3,99 euros. J’ai même une nouvelle et deux récits jeunesse à 0,89 euro chacun.

Voilà une autre liberté que m’offre l’autopublication en numérique, celle de ne pas m’enfermer dans un créneau. Je peux aussi bien écrire pour les adultes que pour les plus jeunes, ce qui n’est pas toujours permis par un éditeur, car il ne faut pas « tout mélanger, ça perd le lecteur, et donc ça plombe les ventes ». Et je peux aussi bien publier un roman de 220 pages qu’une nouvelle de 14 pages.

à suivre…

Retrouvez la Question 2 demain 2 janvier 2013 sur Ecran TotalLire la Q2,

Chris Simon & Laurent Bettoni

Chris Simon & Laurent Bettoni

Bibliographies

Des ebooks de 0,00 à 4,00 Euros

Des ebooks de 0,00 à 4,00 Euros

Chris Simon :

Laurent Bettoni :

GOINGmobo, the Magazine of the Mobile Bohemian

 

Chris Simon _ Licence Creative Commons BY-NC

Photos © Louise_Imagine, © LaurentBettoni

1ère mise en ligne et dernière modification le 1er janvier 2013

17 thoughts on “Entretiens croisés entre Chris Simon et Laurent Bettoni_1.

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  13. ecrimagine

    J’aime beaucoup ce début d’entretien, je m’en vais lire la site sur Ecran Total.
    Auto-publiée, mais pas encore en numérique, cela ne saurait tarder 🙂 j’écris plus spécifiquement pour les enfants et j’avoue que même si j’aime beaucoup lire sur liseuse (même avant de dormir, elle remplace très bien son rôle de somnifère comme son cousin papier) je préfère lire un album papiers à mes enfants, où il est plus facile de montrer les dessins sans qu’ils doivent tour à tour se passer le livre pour regarder en détails les images. Je pense néanmoins que les tablettes (ou bientôt liseuses en couleurs, si cela n’existe déjà ??) doivent être bien utiles pour les enfants qui apprennent à lire, avec des fonctions telles que lecture à voix haute, bruitage intéressants, mot à mot, et autres jeux pour découvrir la lecture.

    Reply
    1. le baiser de la mouche

      Merci pour tes encouragements et de suivre l’entretien croisé. Excellente journée. Oui, je suis d’accord les tablettes peuvent être des outils pédagogiques pour l’apprentissage de la lecture, il suffit de créer les programmes !

      Reply
  14. doume17

    Je n’ai jamais voulu me faire éditer à compte d’auteur et, devant les refus, je laissais mes manuscrits dans mon tiroir ; puis un petit éditeur a accepté de me publier à ses frais. Nouvelle déception : mise en page infâme, aucune publicité, livraisons tardives ou jamais arrivées, communication à sens unique, j’ai cassé le contrat.

    Et puis j’ai découvert Syllabaire et des éditeurs numériques, mais avec encore une liberté limitée je trouve, et enfin Amazon et ses pairs ! Ce fut une respiration nouvelle, une liberté extraordinaire, même s’il faut tout faire, notamment le marketing pas évident… Mis au moins, nous menons notre barque, nous ramons en suivant nos propres efforts, nous avançons toujours…

    Pour répondre à Jmebook, je ne crois pas que les éditeurs papiers perdraient vraiment à s’aligner sur nos prix à moins de 4 euros : le livre papier sera toujours complémentaire de l’e-book, il ne le remplacera jamais : lire un livre papier avant de s’endormir, par exemple, ne remplacera jamais une tablette moins commode dans ce cas. J’ai encore acheté un bouquin papier dernièrement afin d’avoir ce contact auquel je tiens, tout en appréciant aussi le livre numérique dans d’autres conditions.

    Ceci dit, le temps que les papiers se trompent sera autant de temps pour nous à faire notre chemin. En avant donc, et merci à Chris et Laurent pour leur heureuse initiative !

    Reply
  15. jmebook

    Bonjour,
    Très bonne initiative pour lancer cette nouvelle année 2013.
    J’aide une auteure française à publier ses livres au format numérique sur les différentes plateformes disponibles.
    C’est une grande avancée pour une réelle ouverture, un accès à l’édition, une liberté de choix et d’actions.

    Avant l’ebook, les auteurs n’ayant pas la chance d’être médiatisés devaient la plupart du temps payer l’éditeur pour publier une première série (plus de 3000 euros). C’était le monde à l’envers, l’éditeur ne prenant ainsi aucun risque.
    Seuls quelques privilégiés pouvaient se dispenser de ces frais initiaux.

    Aujourd’hui, l’ebook permet au nombreux auteurs dans l’ombre (mais qui méritent d’être mis en lumière) de proposer leurs livres à tous, sur toute la planète, avec un seul intermédiaire, chose impensable il y a encore deux ans.
    L’intérêt du lecteur pour l’ebook grandit petit à petit.
    On trouve sur le marché des ebooks à prix serrés (moins de 5 euros), souvent auto-édités, et des ebooks très chers, trop chers (entre 10 et 15 euros), provenant des maisons d’édition.

    Verra t-on un jour le prix moyen chuter autour des 5 euros ? Pas évident.
    Si les grandes maisons d’édition proposaient leur ebooks à 5 euros, les ventes papier risqueraient d’en pâtir lourdement.
    En attendant, difficile au lecteur d’accepter un tarif de 15 euros alors que la version poche est à 8 euros.

    Par exemple, je verrais bien ce principe :
    Sortie du livre grand format à 20 euros et ebook à 10 euros.
    et lorsque la version poche sort à 10 euros, l’ebook passe à 5 euros.

    Enfin, cela ne concerne que les maisons d’édition…
    L’auteur auto-édité a une longueur d’avance sur les ebooks, avec une liberté sans pareils.

    Noël a permis de voir débouler de nombreuses tablettes sous les sapins. 2013 verra le marché des tablettes grandir encore plus grâce à des tarifs toujours plus bas, pour des produits de qualité et de marques (cf projets Acer et Asus à 99 euros).
    Ces tablettes, souvent au format 7″, sont le support idéal pour la lecture numérique, sans compter les nombreux smartphones 5″, l’outil tout-en-un. Aujourd’hui, on peut lire sur tous supports, tablettes Android, iPad, smarphones Android, iPhone, ordinateurs, liseuses (quel avenir pour les liseuses ???).

    Voilà, l’ebook décolle enfin pour le plus grand plaisir des lecteurs et des auteurs !

    Au plaisir d’échanger sur ce sujet :o)

    Reply
    1. Laurent Bettoni

      Merci pour cette première réaction de l’année 🙂
      Je partage votre avis sur les tarifs. Les éditeurs pratiquent des prix prohibitifs, car ils veulent sauvegarder le poche. Donc, en effet, avec un prix de l’ebook à 15 euros, le lecteur préfère encore acheter un poche.
      L’idéal serait qu’il préfère acheter un ebook autoédité à moins de 5 euros. Mais les auteurs autoédités ont encore mauvaise réputation en France, où les lobbies sont très puissants (SNE, presse…) et les conflits d’intérêts multiples.
      Rendez-vous demain, 2 janvier, pour la suite de l’entretien 🙂

      Laurent Bettoni

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