Le droit d’auteur et les enjeux de la lecture numérique

Suite à la lecture d’une série d’articles et de débat sur le droit d’auteur et d’un entretien avec Abeline Majorel intitulé : “L’édition doit intégrer les enjeux de la lecture numérique pour sauver le droit d’auteur” affirme Abeline Majorel

J’ai eu envie de réagir. Je suis tout à fait d’accord de par ma récente expérience de quatre ans d’autoédition, avec ce que déclare Abeline Majorel, même si une fois de plus, ses clients étant les maisons d’édition, elle passe sous silence l’autoédition en France, qui si elle a peu de visibilité dans les médias d’arrière-garde, est très dynamique et visible sur le web via les sites d’ auteurs, les groupes de lecteurs et la multitude des blogueurs.

Qu’est-ce que le droit d’auteur en France ?

Des contrats d’édition à vie + 70 ans après la mort de l’auteur, des à-valoir de 5 000,00 à 15 000,00 pour un auteur qui vend plutôt bien et est traduit dans plusieurs pays, des poucentages ne dépassant pas les 15% sur les ventes papier et numérique (si vous avez du temps visionnez cette vidéo de la SGDL dans laquelle auteurs et traducteurs donnent les chiffres : SGDL-TV). Il est évident qu’une réforme s’impose. J’ai moi-même signé récemment un contrat de 10 ans (papier et numérique) avec une maison d’édition, c’est bien mieux qu’à vie, mais je trouve déjà que c’est trop long, au regard de la fragilité et l’instabilité du marché du livre, des évolutions de la lecture et des technologies, nos livres peuvent se retrouver très rapidement inexploitables par ceux qui en ont les droits.

Je reprends les points qui sont si justement abordés dans cet article :

  • “Le secteur marchand du livre doit apprendre à construire son existence avec la gratuité et pas contre elle.
  • “Pour une formation massive des auteurs au numérique. À ce sujet, beaucoup d’auteurs indés seraient capables de former les auteurs des maisons d’édition papier. Ils ont acquis une expérience dans plusieurs domaines : autoentreprise, codage numérique, mise en ligne d’ebooks, marketing, réseaux sociaux, blogging et storytellng.
  • “L’édition est plutôt numérique. C’est la lecture qui ne l’est pas.L’un des points essentiels du développement du numérique passe par la lecture. Le numérique permet des expériences nouvelles de lectures que ce soit en ce qui concerne le support, le partage, le social et c’est dans ces changements qu’il faut creuser pour une formation massive des auteurs au numérique.” À ce sujet, beaucoup d’auteurs indés seraient capables de former les auteurs des maisons d’édition papier. Ils ont l’expérience sur plusieurs domaines : autoentrepreneur, technique, marketing, réseaux sociaux, blogging et storytellng.
  • “Le client des éditeurs, c’est le libraire, pas le lecteur. Pour l’auteur indépendant entrepreneur, c’est depuis le départ le lecteur puisque les libraires, pour la majorité, ne distribuent pas ses livres
  • Trouver de nouveaux marchés, de nouveaux modèles pour monétiser ses contenus. L’autédité, de même que les maisons d’édition numérique, se posent les mêmes questions, sauf qu’ils ont une petite longueur d’avance puisque dès le départ, ils ne pouvaient que viser les lecteurs à travers des plateformes qui elles aussi visaient le lecteur (Amazon et Kobo principalement)

Je suis tout à fait d’accord avec cinq points. En 2013 avec Lacan et la boîte de mouchoirs, j’ai utilisé les outils qui existaient pour vendre des livres. Il n’y avait pas grand chose. Amazon, Kobo et itunes. La plateforme Amazon en plus de nous permettre de distribuer nos livres, les vendait. Énorme nuance qu’il ne faudrait pas manquer, car il ne suffit pas de mettre son livre sur une plateforme, pour que celui-ci se vende, il faut que la plateforme ait des clients et une politique sur la nouveauté et l’autoédition dans mon cas puisque ma série est autoéditée (Kobo est devenue aussi une plateforme qui compte). Nous sommes aujourd’hui fin 2015, des alternatives sont en train de voir le jour, de nouveaux modèles économiques comme la lecture par abonnement se développent (un des derniers points soulevés par Abeline Majoral), de nouvelles habitudes de lecture émergent. Nombreux internautes ont un smartphone aujourd’hui et ils l’utilisent pour de multiples activités, inclus la lecture.

Plusieurs sociétés, dont Amazon, proposent un service de lecture par abonnement en France. Le lecteur paie une certaine somme par mois (environ 10 euros) et peut accéder au catalogue, c’est un modèle économique qui pourrait fonctionner et qui avantage les lecteurs, car ils ont accès à une collection de livres 24h sur 24 qu’ils peuvent lire sur le support de leur choix : smartphones, tablettes, liseuses ou ordinateurs. Du côté de l’auteur, c’est sûr qu’il faut revoir les contrats d’édition et élaborer un contrat qui ne lèse ni l’auteur ni la plateforme qui propose un tel service.

Une autre société Booknseries propose un service identique, mais cette fois axé sur la série. Le principe est intéressant, chaque lecteur abonné reçoit chaque semaine un épisode d’une série ou un chapitre de roman jusqu’au mot fin. (l’abonnement est gratuit)

  • “Le secteur marchand du livre doit apprendre à construire son existence avec la gratuité et pas contre elle.

La subtilité de ce service réside dans le fait que le lecteur peut acheter à tout moment la version intégrale (en papier ou numérique) s’il ne veut ou ne peut attendre à chaque fois une semaine pour lire la suite. Je trouve le principe et le service excellent, car il est orienté intérêt du lecteur à 100 %. Faire découvrir un livre au lecteur et lui donner des options pour décider à quel rythme il veut le lire, ça, c’est du service. Booknseries permet aux lecteurs de découvrir de nouveaux auteurs avant d’acheter leurs livres. Un principe gagnant/gagnant entre lecteur et auteur.  Booknseries se définit ainsi : une communauté de serial-lecteurs et de serial-auteurs. Voilà un modèle innovant pour l’édition de livres.

Ce sont pour moi sans doute ce genre de nouveaux modèles économiques de diffusion des livres dont l’avenir sera fait. C’est pourquoi, quand Laure Lapègue, créatrice et directrice de Booknseries, m’a proposé d’ouvrir une branche non-polar aux séries avec Lacan et la boîte de mouchoirs, j’ai de suite accepté. Elle a établi un contrat à durée déterminée, innovant ainsi en matière de modèle économique entre un auteur et un distributeur, et je suis donc très contente de vous annoncer cette nouvelle aventure pour ma série. Je vous en reparle très prochainement. En attendant allez découvrir : Booknseries.

Booknseries

Innovons, tentons de nouveaux modèles pour le plaisir du lecteur !

Lacan et la boîte de mouchoirs 7 séances

la série Séance par séance

 

 

2 thoughts on “Le droit d’auteur et les enjeux de la lecture numérique

  1. Georgie de Saint-Maur

    Je lis toujours ce que vous écrivez.
    Parfois je parle de vous à des contacts facebook, à qui je conseille de lire le mag des indés.
    Une petite question qui me taraude (mais vous n’êtes pas obligée de répondre) êtes-vous anglophone ? Américaine peut-être ?

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    1. chrisimon Post author

      Merci pour ce retour Georgie et votre fidélité. Cela fait plaisir de savoir que le Mag des Indés est utile aux auteurs. Je suis franco-américaine, ma langue maternelle est le français. Bonne continuation et au plaisir d’échanger. Chris

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