La gare de Bobigny atelier d'écriture

Le mémorial est-il un rempart efficace contre la barbarie ?

En 2013, alors que j’avais déjà en tête de transformer une de mes nouvelles en roman, je me suis rendue à la Gare de Bobigny, c’était la première fois que je me rendais sur un lieu qui avait été témoin de la déportation de milliers de personnes. Quelques années auparavant, j’étais allée au Museum of Jewish Heritage de New York, puis une fois en France, je m’étais rendue au Mémorial de la Shoah à Paris et à celui de Drancy.  (précisons ici que tous ces musées ont vu le jour à partir des années 90)

Pendant des années lors de mes séjours en France, j’arrivais de New York à l’aéroport Charles de Gaulle, et prenais le RER B pour me rendre à Paris. À chacun de ces voyages,  je fixais ce bâtiment  en meulière, imposant, austère  planté au milieu d’un réseau de rails, à quelques mètres à peine de la station RER Drancy. J’ai cru toutes ces années que ce bâtiment en meulière sur lequel on peut encore lire : Gare de Drancy, était la gare d’où les milliers de Juifs de France avaient été envoyés dans les camps. Je ne pouvais m’empêcher  d’éprouver un pincement au cœur, une pensée pour les déportés en passant la station. En me rendant au Mémorial de Drancy, j’ai découvert qu’ils n’étaient jamais partis de cette gare, mais de la gare du Bourget (aussi une station du RER B) dans un premier temps, puis de la gare de Bobigny à partir d’août 1943.

J’ai fait des recherches sur internet et j’ai découvert que cette gare avait ouvert au public depuis Janvier 2012. Je m’y suis rendu. 

L’ancienne gare de déportation de Bobigny est l’une des gares d’où partirent à partir de 1943 hommes, femmes et enfants en direction des camps d’extermination nazis (Birkenau-Auschwitz). Un lieu de mémoire à part, car rares sont les lieux de mémoire de l’internement et de la déportation qui ont gardé intact leur configuration d’origine. L’idée de ce lieu de mémoire a été de préserver le site comme trace de l’histoire et de la mémoire de la Shoah dans le respect de son authenticité. Et c’est réussi.

L'ancienne gare de déportation de Bobigny atelier d'écriture

Gare de déportation de Bobigny – Ancienne maison des cheminots

C’était une très belle journée de printemps, un dimanche, le 26 mai 2013 exactement. Nous étions trois visiteurs à attendre sur le pont de rendez-vous. Puis la guide Anne Bougon nous a rejoint. Ce même jour à Paris, il y avait la manifestation contre le “Mariage pour tous”. Nous étions quatre donc pour nous souvenir de 22 500 personnes, tandis qu’à Paris, ils étaient 150 000 pour manifester contre l’égalité des droits pour certains citoyens. Vertigineux.

L’écriture de ma nouvelle m’avait transporté dans ce moment effrayant de l’histoire de l’Europe. J’avais eu envie de me rendre sur ces lieux, de me documenter aussi. Au fil de la visite et de notre avancée dans le site, je me sentais proche des hommes et des femmes, des enfants qui avaient transité par cette gare, ne croyant plus pour la plupart qu’ils allaient travailler en Allemagne. Le premier sentiment qui m’habita fut une communion avec les 22 407 hommes et femmes qui partirent de cette gare en direction des camps jusqu’en 1945. Une brise chaude parccourait la gare désaffectée et leur présence me semblait tacite. Le site est poignant, l’angoisse palpable, l’espoir nul.

22 407 personnes déportées en 13 mois, c’est une industrie. Seulement 22 personnes des convois partis ont survécu aux camps. Vertigineux aussi.

L'ancienne gare de déportation de Bobigny atelier d'écriture

Gare de déportation de Bobigny

Un an plus tard, j’y suis retournée. J’avais organisé un atelier d’écriture, je trouvais que le lieu s’y prêtait. J’ai éprouvé deux joies :

  1. Donner à ces hommes, femmes et enfants, un peu de mon temps pour les faire revivre, exister.
  2. Leur amener des visiteurs. J’avais même eu l’impression qu’ils étaient contents que nous soyons là, que nous ayons lâché nos activités, nos vies pour nous souvenir quelques instants de leur sinon tragique, incroyable sort, mais surtout de la vie qu’ils n’auront pas eu la chance de vivre.

L’empathie pour ceux qui souffrent ou ont souffert, l’empathie pour les autres est une nécessité et un enjeu pour les lieux de mémoire. En effet, se souvenir, c’est refuser l’indifférence, c’est tenter de ne pas reproduire, c’est refuser de laisser une partie de la population payer pour les autres. Si nous sommes tous des humains, alors on ne peut accepter que quelques-uns ne soient pas traités en tant que tels.

La gare de Bobigny atelier d'écriture

L’empathie est bien l’enjeu des lieux de mémoire. Notre devoir de mémoire porte en lui le respect que l’on a de nos ancêtres, de ceux d’où l’on vient. Empathie et respect doivent empêcher que l’histoire ne se répète et défier les massacres.

Aujourd’hui, l’industrie du tourisme combinée à la recherche de sensations extrêmes par certains individus conduisent parfois nos contemporains à remettre en question les valeurs fondamentales de nos sociétés. Du coup, la question se pose : l’empathie et le devoir de mémoire sont-ils des remparts solides contre le barbarisme ?

J’ai tenté d’explorer cette question dans Mémorial Tour.
Lauréat OK
Mémorial Tour, c’est :

  • Une dystopie
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  • plusieurs thèmes
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Cet article est le numéro 2 d’une série de 6 articles autour des thèmes et de l’écriture de mon nouveau roman, Mémorial Tour. Lire l’article numéro 3 : Tentative de tracer l’histoire d’un roman ou numéro 1 ici : Tourisme noir ou tourisme mémoriel ?

Tentative de tracer l’histoire d’un roman : Mémorial Tour

Texte et Photos ©Chris Simon

La visite de l’ancienne gare de déportation de Bobigny est gratuite. (pour horaires et directions se rendre sur le site)

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