Le Pulp : histoire et renaissance d’une littérature en technicolor

Un nom bizarre

La littérature Pulp a pris son nom, non pas d’un style d’histoires ou d’un genre, mais de la qualité du papier sur lequel elle était imprimée. En effet, le papier utilisé pour les magazines Pulp était fabriqué à partir de copeaux de bois réduit en fine pâte, appelé wood pulp en anglais. Cette pâte à bois permettait dès la fin du 19e siècle de fabriquer du papier de basse qualité et donc bon marché. De la fabrication aux histoires publiées, le Pulp est devenu un raccourci pour nommer une littérature populaire aux styles très variés, écrite vite en passant par tous les genres : la romance, le polar, le fantastique, l’épouvante, la SF, le Western, et même les histoires érotiques (softporn).

 

Du papier de mauvaise qualité, mais des couvertures en technicolor

En effet, si les éditeurs de ces magazines faisaient des économies sur le papier, un numéro de magazine Pulp ne coûtait que 10 cents aux lecteurs, ils soignaient les couvertures. Faites par des dessinateurs, elles étaient pleines de couleurs saturées, criardes, et voyantes. Aujourd’hui, elles nous semblent faire partie du mouvement pop art alors qu’elles ont sans doute inspiré les artistes de ce mouvement.

 

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Auteurs payés au mot

Le Pulp garantissait un salaire aux auteurs. Payés au mot, les auteurs redoublaient d’ingéniosité et d’imagination et pouvaient écrire jusqu’à 8 000 mots par jour pour atteindre un salaire décent. Mais au-delà de l’argent nécessaire pour vivre, le Pulp a été pour nombreux auteurs une formidable école d’apprentissage de par ses contraintes financières et ses délais très courts. De nombreux auteurs américains, reconnus aujourd’hui, ont écrit pour ces magazines, comme on va le voir plus bas.

 

Les États-Unis ont gagné la 2e guerre mondiale, mais perdu le Pulp

Pendant la deuxième guerre mondiale, une pénurie de papier a rendu la fabrication des magazines Pulp trop chers et les éditeurs ont dû rétrécir leur format pour éviter la faillite. Certains de ces magazines Pulp sont passés au format Digest, une taille intermédiaire entre le livre et le magazine (le plus connu de ces magazines est le Reader’s Digest qui a encore aujourd’hui le format original), mais nombreux magazines comme The Shadow, Doc Savage, et  Weird Tales disparurent. Après la guerre, bien que l’économie des États-Unis fût en plein essor, le Pulp n’a pas fait son retour. Les lecteurs de littérature de genre s’étaient tournés vers la bande dessinée (Comic Book), les recueils ou compilations de nouvelles et bien sûr, le nouveau média : la télévision. Disparition du Pulp, mais pas des personnages. Certains ont survécu jusqu’à nos jours.

 

Quels personnages encore populaires aujourd’hui viennent des magazines Pulp ?

Batman, inspiré d’un autre héros des annés 30, The black BatConan le Barbare, Tarzan et Zorro. D’autres héros rsurgissent :  Doc Savage, héros “Pulp” des années 1930 est en passe de voir ses aventures adaptées sur grand écran. Chris Hemsworth pourrait bien l’incarner.

Doc Savage Pulp Magazines

Qui étaient les auteurs du Pulp ?

Un grand nombre d’auteurs ont écrit pour ces magazines et fait d’intéressantes carrières littéraires. Ils ont  aussi changé le visage de la fiction, en créant de nouveaux genres ou sous-genres comme Carroll John Daly qui inventa au milieu des années 20 le premier détective Hard Boiled, un nouveau genre de détective que rendra populaire Dashiell Hammett et qu’affinera Raymond Chandler avec son Marlowe. Vous serez surpris d’apprendre que de grands auteurs américains ou anglais ont écrit pour ces magazines : Agatha Christie, William S. Burroughs, C.S. Forester, F. Scott Fitzgerald, Rudyard Kipling, et même Mark Twain. On trouve évidemment les plus grands écrivains de science-fiction : Asimov, Bester, Clarke. Et encore plus incroyable, le premier auteur américain à recevoir le prix Nobel de Littérature, Sinclair Lewis, a démarré comme éditeur et auteur dans le très célèbre magazine Adventure. Mais aussi Edgar Rice Burroughs, auteur de Tarzan et qui a fondé la SF telle qu’on la connaît aujourd’hui, H.P. Lovecraft et Ray Bradbury ont aussi débuté dans les magazines Pulp.

 

Le Pulp et le culte

L.Ron Hubbard, plus connu en France pour avoir créé la Scientologie, néanmoins auteur réputé de SF et Fantasy. Des années 30 aux années 50, il a publié un nombre incalculable d’histoires dans les magazines Pulp avant de publier en 1950, Dianétique : la puissance de la pensée sur le corps, qui obtint un succès retentissant et changea sa vie ; puisque ce livre contenait les fondements de sa future église de Scientologie. De nombreuses études et analyses ont été faites sur l’œuvre Pulp de Ron L. Hubbard, certaines concluent que l’on trouve dans les histoires de science-fiction de l’auteur la base des idées et théories qui lui serviront à élaborer et fonder l’église de Scientologie.

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Avant-garde fièvreuse ou sous littérature ?

Alors le Pulp une littérature de gare, écrite au kilomètre pour des lecteurs peu regardants ? Ou un incroyable terrain de jeux aux contraintes non négociables, mais qui offrent à l’auteur, la possibilité de développer et d’inventer des techniques, de fabriquer ses outils, fertiliser son talent, chérir ses intuitions, débrider son imagination et apprendre la liberté ? Les deux.
Les lecteurs ont raffolé de ces histoires exotiques, qui leur promettaient des milieux ou des endroits inconnus à explorer. Une littérature sans complexe qui proposait aux lecteurs tous les sujets, et même les sujets tabous de son époque. Si les magazines Pulp véhiculaient les préjugés de leur temps (Racisme, misogynie…), ils ont été les premiers à avoir publié des histoires avec des héros homosexuels, bien que les histoires consistaient pour les personnages à renoncer à leur homosexualité ou à se suicider à la fin. Vue comme une littérature inoffensive et divertissante, elle bénéficiait d’un œil moins acerbe du bureau de la censure.

 

La renaissance du Pulp

Bien sûr, tout le monde connaît le film de Tarantino, Pulp Fiction, dans lequel il joue avec les codes de cette littérature de la première moitié du 20e siècle.

Collection Pulp
Aujourd’hui, avec des coûts moindres que l’édition papier et des possibilités de formats divers, le numérique remet au centre de l’édition l’idée d’une littérature peu chère à produire, axée sur le divertissement, sur le plaisir pour le lecteur de retrouver des personnages plus larges que dans la vie, des héros ou des super héros.

Chez les auteurs indépendants américains et anglais, il y a une renaissance de cette littérature, dite populaire, parce qu’appréciée des lecteurs. Chez les éditeurs aussi. Plus de magazines, plus de Digests, mais des formats courts numériques et des compilations papier.
En France, quelques jeunes maisons d’édition ont tenté de proposer des feuilletons littéraires conçus comme des séries télé, avec des épisodes écrits pour un temps de lecture court ou long. Récemment, Fleuve Éditions ont édité la version française de la série Yesterday’s Gone de Sean Platt  et David Wright, une série autoéditée aux États-Unis, un signe que la série séduit les lecteurs, puisque jusque là en France, c’est chez les auteurs indépendants émergents ou encore inconnus, qu’on abordait sans complexe la série  en tout genre : thriller, sujets de la société dans des univers n’ayant peur d’aucun genre, ni d’aucun style.

Après avoir écrit la série Lacan et la boîte de mouchoirs, je me suis lancée avec Brooklyn Paradis, tout simplement parce qu’au-delà du plaisir éprouvé à écrire des séries, je n’aime pas les fins. Et je continuerai jusqu’au jour ou cette forme de littérature n’aura plus rien à m’apprendre… À moins que je ne parvienne à écrire 8 000 mots par jour, ce qui voudrait dire que je pourrais écrire une seule saison en moins d’une semaine !  😉Brooklyn Paradis saison 1

Brooklyn Paradis Saison 1

En raison des lois du © il est difficile de publier dans cet article plus de couvertures Pulp, mais vous en trouverez un grand nombre sur le net à savourer. Visitez cette adresse pour commencer : https://www.flickr.com/photos/newhousedesign/with/511060720/

 

 

2 thoughts on “Le Pulp : histoire et renaissance d’une littérature en technicolor

  1. Ghaan l'écrivain alchimiste

    le créateur de la scientologie écrivait dans des pulps? ouah! c’est pour ça que certains initiés ont rapporté que le grand secret semblaient tout droit sorti d’un film de science fiction bon marché.
    C’est bon, ma reconversion est toute faite!
    Blague à part, je pense que c’est une excellente école. On est là à peaufiner encore et encore nos textes ou à lire des méthodes à n’en plus finir (l’histoire de ma vie! lol), alors qu’à un moment il faut finir, il faut avancer, passer à autre chose, expérimenter encore et encore pour progresser.
    J’utilise la nouvelle pour ça, mais la série me tente de plus en plus…
    une retour d’expérience m’aiderait beaucoup ^-^
    merci pour cet article et bonne chance dans tes projets!

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    1. chrisimon Post author

      Ha ha. Oui, je suis d’acord Ghaan, écrire apprend à écrire et c’est sans doute la méthode la plus efficace. Les séries sont idéales pour maintenir le rythme et écrire de façon régulière. Je ferai un retour d’expérience sur Brooklyn Paradis. Bonne semaine

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