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Ne cherchez pas l’erreur, trouvez la justesse

Suite à la lecture de l’article ci-dessous intitulé, Cherchez l’erreur, dont j’ai apprécié l’analyse, mais dont je ne partage pas forcément le point de vue, j’ai proposé via Facebook à son auteure, Mélanie Talcott, d’écrire la version miroir. Elle m’a défié de le faire, alors je me lance.

Cherchez l’erreur

On ne peut pas réfuter aujourd’hui que cohabitent sur un même marché du livre :

Les maisons d’édition à compte d’éditeur, les maisons d’édition à compte d’auteur, les plateformes d’autoédition (offrant des services gratuits et/ou payants) et les auteurs autoédités dit indépendants, même si certains d’entre eux se reposent uniquement sur une  plateforme pour la diffusion de leurs livres.

Depuis la commercialisation du livre numérique en 2009 aux États-Unis et en 2011 en France, le lectorat a-t-il augmenté ?
Je n’ai lu aucune étude sur ce sujet, mais j’ai lu beaucoup d’articles qui annonçaient la fin de la lecture, ce qui reste à prouver, car les smartphones sont des outils de lecture et d’écriture autant que de jeux ou de vidéos.

Une guerre serait donc déclarée entre les éditeurs traditionnels, les faiseurs de rêves et les marchands de sable et les autoédités, chacun se battant pour atteindre ou conserver un lectorat.

Et si nous regardions plutôt les choses autrement ?

Le livre numérique a ouvert de nouveaux marchés, une nouvelle littérature.  Dès les premiers jours des maisons d’édition qu’on a appelées les « Pure Players« , des auteurs pionniers, las de ne pas gagner d’argent ou de ne pas être publiés en maison d’édition, ou simplement désirant faire de nouvelles expériences s’y sont engouffrés.

C’étaient les années de balbutiements.

Et puis en 2013, les succès de ventes ont été au rendez-vous, Amazon Kindle et Kobo, seules plateformes à l’époque à être ouvertes aux autoédités ont permis la mise en avant de nouveaux titres et auteurs. La plateforme Amazon pouvait générer 500 et plus d’exemplaires vendus par mois. Les titres en question : La femme sans peur, Les pierres couchées, Un palace en Enfer, Les gens heureux lisent et boivent du café, et dans une mesure moindre que ces derniers mon Lacan et la boîte de mouchoirs, tous autoédités et dans le top20 Amazon cette année là.

Que se passait-il donc en France ?  Pays de l’exception culturel, de la dictée de Pivot et de l’excellence. Des romans pouvaient plaire aux lecteurs sans le sceau d’une maison d’édition localisée à Saint-Germain-des-Prés ou d’autres quartiers validés ?

Amazon était le cheval de Troie, les auteurs et les « Pure Players » les prétendants et l’édition Française trahie.

Je n’écris pas cet article pour faire l’apologie d’Amazon. Amazon a bénéficié et bénéficie encore de l’hypocrisie à la Française, qui consiste à ignorer les auteurs indés, mais à se précipiter pour aller signer des contrats avec ceux qui sont au top 10 de la plateforme avant qu’un concurrent ne le fasse. Bref les plateformes numériques sont devenues les salles publiques, un peu comme les salles de vente Drouot, des comités de lecture de gros éditeurs.

Doit-on s’en plaindre ?

Je dirai que non, après tout cela apporte un sang neuf à l’édition traditionnelle qui en avait besoin. Publier l’énième roman d’un journaliste ou d’une star télé à ses limites en termes de renouvellement de style, d’histoires, de personnages et de langue.

Chacun cherche la perle rare (autant les éditeurs que les lecteurs), le livre qui le fera vibrer. En 2017, ce livre est venu d’une maison d’édition indépendante Finitudes avec le merveilleux roman : En attendant Bonjangles. Montrant une fois de plus que la diversité est l’oxygène nécessaire à toute industrie culturelle.

Les trésors ou ovnis littéraires peuvent venir de partout et le top 10 Amazon est capable de renflouer les caisses des maisons d’édition. Si cela peut leur permettre de publier de nouveaux auteurs, qui va s’en plaindre ? Ni les auteurs ni les lecteurs…

Le lecteur est en train de devenir écrivain ?

De plus en plus de gens écrivent, cela ne veut pourtant pas dire qu’ils deviendront écrivains, mais je ne me plaindrai pas d’un lecteur qui écrit parce qu’il deviendra plus exigeant.

Non, tout le monde ne peut pas écrire des romans, comme tout le monde ne peut pas être danseur, même si tout le monde peut danser ; peintre, même si tout le monde peut dessiner ; musicien, même si tout le monde peut apprendre le solfège ou à jouer du piano ; chanteur, même si tout le monde peut chanter dans sa salle de bain ; réalisateur, même si beaucoup de monde peut faire de bons films de voyage ou de vacances ; jouer la comédie, même si nombreux d’entre vous jouent dans un groupe de théâtre chaque semaine, car il y a une différence entre écrire pour son unique plaisir, quand ça te chante, et écrire tous les jours, même quand tu n’en as pas envie.

Cependant, toutes les personnes qui font une activité artistique, servent l’art – parfois avec une grande dévotion -, nourrissent nos cultures et dans leur passion affinent leurs aptitudes et qualités artistiques. Ce qui peut fausser la perception aujourd’hui est le fait que les plateformes d’autoédition permettent aux gens qui écrivent de publier un livre pour l’offrir à leur famille ou leurs proches ou pour le vendre même à 50 exemplaires.

À chacun de choisir l’expérience qu’il veut faire de l’aboutissement ou le fruit de sa passion.

Grâce aux plateformes les auteurs se multiplient. Cette multiplication participe à l’émergence de nouveaux talents, une multiplication similaire des auteurs à la fin du 19e siècle  – dû à l’impression rapide – avait fait émerger de nombreux nouveaux talents dont quelques ɶuvres nous sont parvenues par des auteurs nommés Maupassant, Balzac, Alexandre Dumas, Gaston Leroux, Flaubert…

Réjouissons-nous d’une telle effervescence, ce n’était pas arrivé depuis le nouveau roman.

Dans cette effervescence, il est difficile de s’y retrouver autant pour les auteurs que pour les lecteurs, mais ne nous plaignons pas, nous avons la chance de vivre cette opportunité, cette ouverture. Rien n’est écrit d’avance, il n’y a pas de recette miracle, le lecteur en dernier ressort décide : s’il a aimé votre livre suffisamment, il le recommandera, s’il ne l’a pas aimé suffisamment, il passera au suivant, ou le temps peut-être formentera dans l’esprit du lecteur des souvenirs fugitifs…

Cherchez l’erreur ?

Il est vrai qu’il demeure encore des barrières pour un auteur indépendant, les mêmes barrières qui freinent le développement des maisons d’édition indépendantes : une distribution papier quasi-impossible parce que trop coûteuse et avec un système de retour de moins en moins justifié à l’heure de la POD (Print On Demand), une forte concentration des livres qui marchent, les algorithmes analysent les ventes sur des périodes très très courtes et ne laissent pas toujours le temps à un livre, un DVD, un morceau de musique ou un film de s’installer… Alors qu’un premier roman prend plus de temps à trouver ses lecteurs.

Cependant, les outils des auteurs ne sont pas inexistants : mise en avant des plateformes, groupes de lecteurs et groupes d’auteurs sur les réseaux sociaux, blogueurs & blogueuses, Youtubeurs &Youtubeuses qui revendiquent et lisent les indés, salons du livre qui se sont multipliés dans toute la France, dédicaces et rencontres d’indés qui s’organisent sur tout le territoire, le développent des outils marketing on line, les réseaux sociaux…

Entre écrire, éditer ou être édité ou encore devenir un bestseller, il y a de nombreux chemins qui ne mènent pas tous à  la consécration voire à la gloire, mais qui mènent quelque part, seulement 40 auteurs en France vivent de leur plume (Le Figaro – Culture).

Je concluerai en disant que les auteurs qui ont une vision de leur écriture, une vision de la trajectoire qu’ils ont envie d’emprunter pourront se concentrer sur ce qu’ils ont préalablement défini. Il y a de nombreuses possibilités, bien plus qu’il y a 10 ans. Maison d’édition, indépendance, hybridation, l’auteur aujourd’hui n’a jamais eu autant d’options, le lecteur non plus.

Trop de choix, ne tue pas forcément le choix, mais beaucoup de choix peut prêter à confusion, je le reconnais. Le risque est grand de s’éparpiller, de vouloir être partout à fois pour finalement se retrouver nulle part. C’est un risque. Définir ses objectifs, s’y tenir, s’en réjouir et évaluer ses résultats sont des étapes indispensables.

Ne cherchez pas l’erreur, trouvez la justesse, la cohérence de votre projet.

 

Photo  ©  nypl.digitalcollections

2 thoughts on “Ne cherchez pas l’erreur, trouvez la justesse

  1. Mélanie Talcott

    Cohérence ou compromis ?
    Avant de répondre à mon tour à ton article, XX, une mise au point.
    Je ne t’ai pas lancé de défi, ce n’est pas ma tasse de thé. J’ai simplement réagi à ta suggestion, à savoir que j’écrive un article miroir en contrepied positif à celui que j’ai intitulé Cherchez l’erreur, en remarquant que cela serait sympa que d’autres se joignent à l’entreprise.

    Cherchez l’erreur et Ne cherchez pas l’erreur, trouvez la justesse… Deux articles qui au fond se rejoignent et ne s’opposent nullement. La différence est que tu soulignes les points qui te semblent positifs dans l’univers de l’autoédition et voit – à juste titre ou non – du dynamisme, de l’initiative et et de l’enthousiasme, là où je constate (groupe, réseaux sociaux, plateformes, etc…) une certaine asphyxie, engendrée par le système lui-même. Je ne vais donc pas faire la réponse de la réponse, on n’en sortirait plus ! Juste commenter quelques points.

    Parlons du Top 10 d’Amazon auquel tu fais référence (le kindle va avec), le tremplin semble-t-il obligé pour passer du bocal à l’aquarium, puis éventuellement de l’aquarium au grand bassin, etc…
    Quid de celles et ceux qui ne « sont » pas sur Amazon (mon cas) animés par une justesse et une cohérence qui vont bien au-delà de la littérature? Nombreux sont celles et ceux qui l’utilisent, et aussi nombreux que celles et ceux qui le critiquent et s’en indignent. Cet Amazon qui est – dans ce cas ci -, aux auteurs et aux libraires ce que l’exploitation forestière industrielle est à la forêt amazonienne ! Une salle publique des ventes (sans même parler de l’évasion fiscale d’Amazon)  ? Ou temple de « l’industrie culturelle », suivant ton expression, où l’on se laisse exploiter en collaborant consciemment, trop content quand un bouquin s’y vend ? Qu’un pourcentage soit prélevé pour assurer la diffusion d’un livre, rien de choquant. Mais que les auteurs, les mêmes peut-être qui aimeraient « vivre de leur plume », acceptent que leurs livres, qui représentent aussi un temps de travail assez conséquent, soient vendus à moins d’un euro (et s’autodétruisent rapidement pour la plupart) ou rétribués à la page lue, c’est de l’exploitation consentie. Être lu, être reconnu ? Mais à quel « prix » ?

    Le dynamisme des plateformes n’est pas vraiment probant. Seules le sont (et plus sympas), et tu as raison, les initiatives collectives et en groupes à taille humaine (salons, dédicaces, and so on)

    C’est une erreur à mon sens d’affirmer « qu’il y a de nombreuses possibilités, bien plus qu’il y a 10 ans. », les circuits parallèles ont toujours existé (du moins – à ma connaissance – depuis la fin des années soixante). Ils n’empruntaient pas la voie de la virtualité mais ils étaient tout aussi efficients.

    Je ne suis pas persuadée non plus que l’autoédition apporte du sang neuf à l’édition traditionnelle (les grandes maisons, j’entends) qui est submergée de demandes sans avoir à lever son cul de ses bureaux. Elle ne révise pas sa copie, elle s’adapte. C’est une vieille dame qui ne cesse de se repoudrer le nez. C’est un peu fort de café que cela soit l’autoédition qui vienne – comme tu l’écris – « renflouer les caisses des maisons d’édition. » A ce propos, un éditeur parisien (qui appartient à un groupe facebookien sur la littérature) et qui se dit un esprit ouvert a émis ce jugement grotesque sur l’autoédition : « Elle est, a-t-il écrit à l’édition ce que la masturbation est à la sexualité, tu y fais les questions et les réponses ». Il a sans doute oublié qu’il ne dédaignait pas lui non plus y mettre la main ! Sans trop de risque, puisque avec l’aval d’un lectorat potentiel. A question posée, réponse à moitié donnée ! Quad l’autoédition devient le marketing prédigéré de l’édition !

    « À chacun de choisir l’expérience qu’il veut faire de l’aboutissement ou le fruit de sa passion », dis-tu. C’est un peu une lapalissade, non ? Une passion qui ne se vit pas, et donc qui porte ses fruits (quelle que soit leur saveur), c’est quoi ce truc vélléitaire ? Mais la difficulté se corse quand l’autoédition est un choix, (une philosophie de vie pour le dire ainsi qui ne concerne pas uniquement l’autoédition), et non pas une réaction à… (refus des éditeurs étant la plus fréquente), un choix par refus justement d’appartenir à un système, électron libre du système général, auquel il répond néanmoins avec les mêmes codes et les mêmes règles, dont la principale : la loi du marché et consumérisme en zapping. Ce choix oblige justement à trouver un équilibre entre justesse et cohérence, des idées aux actes. J’ai toujours pensé que si les Indés mettaient en place leur propre plateforme de diffusion, serait peut-être la pierre de touche de leur véritable indépendance.

    Voilà, en passant, Chris…

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    1. chrisimon Post author

      Oui, nos articles se rejoignent, ils représentent chacun une facette du sujet. Et bien sûr, c’est une défi amical, pas un combat de boxe, plutôt un dialogue que j’ai eu envie de poursuivre ! J’ai apprécié répondre à ma manière à ton article qui est une fine analyse de la situation. Je suis plus optimiste, mais pour autant lucide. En ce qui concerne ta conclusion, il y a eu des tentatives, Bruno Challard a créé une plateforme indée, d’autres s’y sont penché, Elen brig koridwen et Neil Jomunsi. Il semble que pour l’instant ces initiatives n’aient pas abouti, les raisons sont multiples… J’avais écrit un article au sujet d’un regroupement des autoédités intitulé, Est-il souhaitable de rassembler les autoédités dans un pôle unique ? : http://chrisimon.com/est-il-souhaitable-de-rassembler-les-autoedites-dans-un-pole-unique/ Bon, l’aventure continue…

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