Pourquoi en numérique ? Entretien avec Agnès Martin-Lugand, auteure

Agnès Martin-Lugand est l’auteure de Les gens heureux lisent et boivent du café, ebook classé n°2 (ce jour) dans le top 100 meilleures ventes de la Boutique Kindle d’Amazon. Si vous êtes un adepte de la Kindle, vous avez sûrement remarqué sa couverture en première page d’Amazon : une femme seule fume attablée dans un café.

Elle a vendu 3000 exemplaires numériques en trois semaines et se pince tous les jours en se demandant si elle n’est pas tout bêtement au milieu d’un joli rêve. Pour vous donner un ordre d’idée sur l’année 2011 mon premier ebook La couleur de l’œil de Dieu, qui était gratuit, a été téléchargé moins de 2000 fois. Le marché du ebook en France décolle ! 😉

Son livre enregistre déjà 28 commentaires et son prix est passé cette semaine de 0,89 à 2,68Euros. Si vous aimez la littérature sentimentale, je vous recommande de l’acheter très vite, car le prix du livre risque de continuer d’augmenter !

Les gens heureux lisent et boivent du café est son premier roman et Agnès ne rêve pas. Ce succès immédiat (elle a publié son livre il a à peine trois semaines, le 25 décembre 2012) l’étonne et c’est humblement qu’elle s’est prêtée aux règles de l’entretien.

Je suis heureuse de son succés et heureuse de le partager avec vous. Que son expérience vous inspire, vous encourage à persévérer dans tout ce que vous entreprendrez… Tout est incroyablement possible dans ce monde et ce n’est pas Agnès qui va me contredire.

Mais place à l’invitée qui se résume simplement :

Après six ans d’exercice en qualité de psychologue clinicienne dans la protection de l’enfance, Agnès Martin-Lugand se consacre aujourd’hui à la littérature. Elle analyse et dissèque avec finesse, humour et tendresse les mécanismes de l’âme humaine pour nous livrer des récits qui nous parlent et qui nous vont droit au coeur.

3000 exemplaires en 3 semaines

3000 exemplaires en 3 semaines

Agnès Martin-Lugand répond à cinq questions

1.

Pourquoi l’auto-édition et pas l’édition  ?

Je dois revenir un peu sur mon parcours et mon aventure de l’écriture. J’ai écrit mon roman toute seule dans mon coin une bonne année. Après réflexion, j’ai eu l’envie et le besoin d’avoir l’avis d’un professionnel, de ne pas être ménagée, et d’évaluer mon écriture. C’est là que j’ai rencontré Laurent Bettoni. J’ai eu la chance de suivre un de ses tutorats. Grâce à lui, j’ai retravaillé mon histoire, mon texte, mon style. Au terme de cette ré´criture, j’ai envoyé mon manuscrit à quelques éditeurs. J’ai attendu, attendu, et attendu. Puis, deux réponses sont arrivées, plutôt encourageantes, mais négatives ! Après le coup de bambou, et sur les conseils de Laurent, j’ai repris mon roman pour la énième fois. Et finalement, ce que j’imaginais pénible a été bénéfique. La version finale est ce que j’attendais depuis le début. La question s’est alors posée : devais-je reprendre contact avec les éditeurs qui m’avaient répondu et dont j’avais suivi les recommandations ? Ou bien en solliciter d’autres ? Ayant assisté à l’expérience de Laurent en tant qu’auteur indépendant, j’ai été titillée moi aussi par l’aventure. Et puis, un peu comme un caprice, je n’avais pas envie d’attendre six mois ou plus, qu’un éditeur me refuse, et de me retrouver avec deux manuscrits sur les bras (parce que je suis en plein dans le second !). J’ai ressenti le désir profond d’être lue, de me soumettre à l’avis des lecteurs, d’aller à leur rencontre. Qu’est-ce qui compte lorsqu’on écrit ? Et bien d’être lu ! Ça semble bête et logique, mais c’est comme ça… Quelle solution avais-je ? L’auto-édition. L’aventure de l’indépendance est excitante, terrifiante, on prend le risque de commettre des erreurs de débutants, c’est le jeu. On crée une petite entreprise pour permettre à son histoire et ses personnages de vivre leur vie. Je reconnais que le fait d’être entourée et conseillée par un auteur expérimenté m’a grandement facilité les choses, la découverte de ce milieu, le formatage des fichiers, la couverture…

Je ne me faisais aucune illusion au moment du lancement, je tentais un coup de poker, mais j’allais au bout de ma démarche, au bout de mon projet. Une façon d’assumer mon écriture, mon travail. Aujourd’hui, cela fait trois semaines que mon roman est en ligne, et jamais je ne regretterais mon choix. Je suis émerveillée par le succès rencontré. Comme on dit la sauce a pris, et je mène ma barque comme je l’entends.

2.

Pourquoi en numérique ?

J’ai découvert la lecture numérique il y a un an. Je faisais partie des septiques, accro au papier. Je contemplais ma bibliothèque prête à s’écrouler, et je fermais les yeux en tendant ma carte bleue chez le libraire. Et puis pour voir ce qui se faisait en édition indépendante, je me suis secouée, et j’ai tenté le coup. J’ai commencé à lire avec ma tablette des livres numériques, j’ai trouvé ça d’une facilité déconcertante, de l’achat à la lecture, en passant par le peu de place que cela prend ! En tant que lectrice, je peux découvrir de nouveaux auteurs à moindre coût. Comme beaucoup, j’attends que le prix des livres numériques de l’édition traditionnelle baisse… Les liseuses et les tablettes sont des outils formidables, simples. En sortant mon roman à ce format, j’ai bousculé les habitudes de mon entourage, bien souvent réticent à utiliser ces petites choses pour lire. Certains ont adhéré. Tant mieux !

4e de couverture

4e de couverture

3.

Comment as-tu défini le prix de ton ebook ? Les raisons  ?

C’est un mixte entre le point de vue de la lectrice, de l’auteur-indépendant, de la primo-romancière. À ça, j’ai rajouté le nombre de pages, mon roman est court, 180 pages. Soyons clairs, l’attractivité du prix permet de se rendre visible, le lecteur ne prend pas beaucoup de risques en achetant un livre à 2,68 euros. L’offre de lancement à 0,89 euro, et qui a duré presque trois semaines avait clairement pour but de frapper fort dès le début. Mais au-delà de l’aspect commercial, c’est aussi un moyen de rendre la littérature accessible à un plus grand nombre. Utopiste, me dira-t-on.

4.

Sur quelles plateformes  ?

Amazon, Kobo, Chapitre.com, iTunes.

5.

Combien de temps passes-tu par jour à la promotion de ton dernier livre ? Cela empiète-t-il sur ton temps d’écriture ? Utilises-tu les réseaux sociaux ? Lesquels et comment ?

Il est difficile de quantifier le temps que j’y passe, c’est récent pour moi, et je suis encore dedans. Et je dois reconnaître que je me suis peut-être éparpillée ! Pour résumer, plusieurs heures par jour, pour activer des contacts, et en chercher d’autres, solliciter des personnes susceptibles de faire connaître mon roman. J’ai déjà eu la chance d’avoir un papier dans un quotidien régional, une interview sur le blog de Laurent Bettoni, Écran total, et un passage sur une chaine de télévision locale, sans oublier la présente interview ! Et tout ça, ça prend du temps, mais c’est dans la continuité de la démarche d’indépendance, c’est pour la bonne cause, c’est intéressant, instructif et grisant. On est maître du jeu.

Bien sûr, cela a empiété sur mon temps d’écriture, les deux premières semaines, je n’ai pas écrit un mot. Ce n’est pas dû en totalité au temps consacré à la promo, l’excitation, l’obsession du compteur, des avis y sont aussi pour beaucoup. Depuis, je me canalise, et je m’astreins à me remettre au travail, à écrire, à me concentrer sur mon second roman. Je divise mon temps. Lorsque je suis sur la promo, je ne fais que ça, et lorsque j’écris, je m’enferme dans ma bulle avec ma nouvelle histoire, mes nouveaux personnages.

Au sujet des réseaux sociaux, je n’étais pas une adepte, loin de là. J’avais un Facebook dormant où je ne me rendais jamais, je n’avais pas ou peu d’amis virtuels ! Il a bien fallu s’y mettre. Activer mon compte, être plus présente sur la toile, ne serait-ce qu’avec les gens que je connais. Ça a été aussi l’occasion pour moi d’apprendre à me servir de cet outil, je patauge encore. Je me suis créé un nouveau profil dédié à mon activité d’auteur. Profil qui a permis à quelques lecteurs ou des curieux de rentrer en contact avec moi, j’ai pu recevoir leur ressenti, certains m’ont posé des questions sur l’auto-édition, sur le prix, sur la date de sortie de mon prochain roman. Pour le moment, je ne m’aventure pas plus loin, je continue mon apprentissage, chaque chose en son temps.

Acheter Les gens heureux lisent et boivent du café

4e de couverture

Le livre existe aussi en version papier

 Lire les entretiens précédents d’auteurs auto-publiés :

Entretiens croisés avec Laurent Bettoni

Entretien avec Emily Hill

Entretien avec Fabienne Betting

Entretien avec Florian Rochat

Pourquoi en numérique ? est une série d’entretiens avec des auteurs autoédités en numérique, mais aussi d’autres acteurs qui font les corrections, le formatage, etc. et acceptent de travailler eux.

Si vous désirez un entretien veuillez lire les démarches à suivre. Si vous êtes auteur ici , si vous n’êtes pas auteur 


GOINGmobo, the Magazine of the Mobile Bohemian

 

Chris Simon _ Licence Creative Commons BY-NC

Photos  © Agnès Martin-Lugand

1ère mise en ligne et dernière modification le 18 janvier 2013

14 thoughts on “Pourquoi en numérique ? Entretien avec Agnès Martin-Lugand, auteure

  1. Pingback: Pourquoi en numérique ? Un entretien avec Jérôme Dumont | LE BAISER DE LA MOUCHE

  2. Pingback: Pourquoi en numérique ? Un entretien avec Thibault Dalavaud | le baiser de la mouche

  3. Pingback: Pourquoi en numérique ? Un entretien avec Claire Roig | le baiser de la mouche

  4. Pingback: Pourquoi en numérique ? Un entretien avec Jacques Vandroux | le baiser de la mouche

  5. Pingback: Pourquoi en numérique ? Un entretien avec Éric Nicolas | le baiser de la mouche

  6. Pingback: Pourquoi en numérique ? Un entretien avec Laurent Bettoni | le baiser de la mouche

  7. Pingback: Pourquoi en numérique ? Un entretien avec David Gaughran | le baiser de la mouche

  8. Anne-Marie Beignatborde

    C’est très encourageant de voir des auteurs français réussir là où jusqu’ici seuls les anglophones l’ont fait.

    Je pense que ce qu’il faut retenir de cette belle aventure réussie est que ce n’est pas très grave si Agnès Martin-Lugand ait pataugé un peu avec l’utilisation des réseaux sociaux puisqu’elle avait les 80% de ce qui détermine le succès d’un livre. À savoir une couverture qui parle au lecteur et une description, ou 4e de couverture, qui donne en même temps une bonne idée de la qualité de l’écriture et l’envie de lire le livre.

    Reply
  9. Sylvain Desvaux

    Je relaye également sur ma page et quelques autres, c’est le genre d’information qu’il est plaisant de lire. Il est important de savoir que l’auto-publication peut aussi livrer quelques perles littéraires pas forcément incompatibles avec une démarche commerciale. Encouragements à l’auteure !

    Reply
  10. Pingback: Auto-édition ? « La SF du petit Nicolas

    1. le baiser de la mouche

      Merci de relayer sur ton blog. Les gens heureux lisent et boivent du café vient de reprendre la 1ere place dans le Top100 Amazon. Une nouvelle encourageante pour les autopubliés (c’est la 3e semaine en numero 1). D’autant plus que le numéro deux “Lames de fond” est aussi un livre auto-publié ! 😉

      Reply
  11. Laurent Bettoni

    Bravo pour la qualité de cet entretien et la pertinence de cette rubrique. Je souhaite vivement que ce genre d’expérience fasse évoluer les mentalités en France et que les lecteurs se disent qu’il y a des textes de qualité chez les auteurs indépendants. Le courant indé a apporté le meilleur au cinéma et à la musique, pourquoi n’apporterait-il pas le meilleur à la littérature ?

    Reply

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *