Rentrée littéraire 2016 au Mémorial de la Shoah : 3 romans à lire

Le Mémorial de la Shoah organise chaque année avec le journaliste Eduardo Castillo une rentrée littéraire dans le cadre de laquelle son équipe présente plusieurs ouvrages de fiction parus récemment. Cette année, j’ai eu la surprise et l’honneur d’être invitée pour mon roman Mémorial tour. J’ai accepté.

rentrée Litteraire memorial de la shoah

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Les rentrées littéraires se déroulent en deux parties avec deux plateaux d’écrivains. Cette année, cette rentrée aura lieu le dimanche 9 octobre à l’auditorium du Mémorial. Programmes

Rencontre à 14h30 : En présence de Gérard de Cortanze, Zazous (Albin Michel, 2016), Michèle Kahn, Un soir à Sanary  (Lepassage, 2016), Eugène Saccomano, Le mystère Sindelar. Le footballeur qui défia Hitler (Les éditions de Paris / Max Chaleil, 2016), Alexandre Seurat, Administrateur provisoire (La brune au Rouergue, 2016)

Rencontre à 16h30 : En présence de Chris Simon,  Mémorial Tour (éditions du réalisme délirant, 2016), Igor Ostachowicz, La nuit des Juifs-vivants, (traduit du polonais par Isabelle Jannès-Kalinowski, L’antilope, 2016), Olga Lossky, Le revers de la médaille  (Denoël, 2016), Armel Veilhan, Au nom de Sarah (Ex-Aequo, 2016)

Entrée Libre, inscription en ligne

L’équipe du musée m’a fait parvenir les livres des autres auteurs afin de les lire et dans le but de nourrir la conférence. J’ai eu envie de vous présenter ces livres que j’ai lus.

Tout d’abord, de belles surprises et lectures ! J’ai donc décidé de vous les présenter dans mon ordre de lecture (pas un choix délibéré de ma part, ils me sont arrivés dans cet ordre)

1

Le revers de la médaille d’Olga Lossky, Édition Denoël

(version numérique et papier)

Le revers de la medaille

4e de couverture : Fin des années trente. Pál est un jeune artiste hongrois, étudiant à la faculté des beaux-arts de Budapest. En quête de modèle pour un projet de médaille, il fait la connaissance d’une jeune pianiste, Erzsebet. Fasciné par sa beauté, il réalise son portrait. Avec cette esquisse, Pál espère remporter le prestigieux concours organisé par la Monnaie de Budapest. Mais les événements décident autrement de son destin et le prix obtenu n’est pas celui qu’il attendait…

Les années ont passé. Installé à Londres, l’artiste – assisté de sa femme, la fidèle Nicky – est devenu l’un des médaillistes les plus renommés de son temps. Musiciens et hommes politiques le sollicitent pour immortaliser leurs traits. Après bien des personnalités illustres, c’est au tour du pape de lui commander une médaille à son effigie. Pál hésite, de peur de croiser dans les rues romaines le jeune homme qu’il a jadis été. Ainsi qu’il le craignait, cette rencontre avec le pape va l’entraîner dans un inéluctable processus de dévoilement.

Ce que j’en pense : j’ai aimé cette histoire, admiré le style de l’auteur dont c’est le cinquième roman, l’architecture du livre et les thèmes se combinent parfaitement. Le destin tracé d’un jeune artiste brillant est dévié par les lois raciales qui sévissent à Vienne dès les années 30, cette rupture dans le destin aura des conséquences dans la vie de l’artiste jusque’à sa mort et par conséquent dans le monde d’aujourd’hui.

L’auteur, Olga Lossky, mêle l’art (la beauté, l’harmonie) à la destruction (la haine) avec habilité. Le personnage principal est attachant bien que son goût de la perfection artistique, son égoïsme et son ambition hébergeant une grande souffrance ne le rendent pas toujours aimable, mais contribuent sans nul doute à sa survie. La douleur lanscinante de cet artiste est poignante.

Un roman élégant avec plusieurs niveaux de lecture, dont j’ai apprécié la maîtrise et les thèmes dominants.

2

Au nom de Sarah d’Armel Veilhan, Éditions Ex aequo (septembre 2016)Au nom de Sarah de Armel Veilhan

4e de couverture : Enfant de l’Algérie coloniale du siècle dernier, fille d’un petit cordonnier mort dans les tranchées de Verdun, Sarah rêvait secrètement d’un destin français. Devenue jeune fille à la beauté convoitée, elle se laissera séduire par un officier héros de la guerre de 14-18 avec qui elle décide de partir s’installer à Paris. Bien des années plus tard, en 2002, Vincent, éditeur parisien, se rend en Bretagne, chez Maryvonne, vieille écrivaine célèbre qui vient de lui confier son dernier roman. En retard, Vincent lira le manuscrit dans la nuit avant de retrouver Maryvonne au petit déjeuner. Comme à leur habitude, l’auteur et l’éditeur parleront du livre en cours d’écriture. Un roman pas comme les autres pour Vincent qui se découvre partie prenante avec les personnages de la fiction. Peut-être une dernière fable pour Maryvonne qui dévoile peu à peu à son ami et éditeur le destin tragique de Sarah, la grand-mère de Vincent.

Ce que j’en pense  : un roman au style simple, limpide, bref ; dans lequel la narration est au centre et au service de la transmission d’une génération à une autre par le biais de la littérature, on retrouve ici, comme dans le premier roman avec le personnage du jeune artiste de Le Revers de la médaille, l’art comme véhicule échappatoire à la souffrance, à l’injustice, à travers le personnage de Maryvonne, écrivain, mais aussi amie de la famille.

Le roman se déroule en une succession d’images qui se révèle à nous comme un film. Efficacité de l’écriture, avec une héroïne, Sarah, dont l’ambition démesurée est attachante parce que trop humaine. La psychologie des personnages est implacable.

3

La nuit des juifs-vivants d’Igor Ostachowicz, L’Antilope (septembre 2016)

La nuit des juifs-vivants

Disponible sur Amazon en papier et numérique

Varsovie, années 2010. Sous une trappe au fond de sa cave, un couple découvre les zombies de Juifs assassinés pendant la Deuxième Guerre mondiale. Des centaines d’ombres en guenilles sortent de sous la terre et réinvestissent leur ville lancée dans la frénésie consumériste.
La nuit des Juifs-vivants ose soulever une question refoulée : comment vivre au-dessus des cadavres des trois cent mille Juifs du ghetto de Varsovie exterminés ? Avec ce roman à l’humour féroce, l’auteur se livre au passage à une critique à la tronçonneuse de la société polonaise contemporaine.

Ce que j’en pense : j’ai adhéré à la proposition et au style, qui m’a rappelé un de mes écrivains préférés, Witold Gombrowicz, mais aussi par certaines situations absurdes  les romans de Thomas Pynchon. Absurde, satirique et féroce ce roman est à mettre en perspective avec l’histoire de la Pologne et comment dans la pologne d’aujourd’hui, les citoyens fouillent leur généalogie, dans l’espoir de se  trouver un parent juif pour se dédouaner d’une culpabilité trop lourde.

Je suis curieuse d’écouter l’auteur pour en savoir plus sur le processus d’écriture qui l’a amené à écrire cette histoire dans laquelle revenants des camps et antisémites s’affrontent dans la ville de Varsovie.

Au fil de mes lectures, j’ai vu se profiler des thèmes communs aux quatre livres : la tranmission, en effet comment transmettre aux générations suivantes cette période terrifiante de l’Histoire, comment la Shoah a impacté et impacte encore notre présent ? Comment ne pas sombrer aujourd’hui dans l’indifférence, comment ne pas tomber dans l’habitude de la violence alors que des attentats terroristes se perpétuent dans le monde entier tout au long de l’année ? Comment ne pas succomber à la violence, comment refuser, mais plus encore vaincre la barbarie ? L’art peut-il sauver l’homme ?

Comment vivre aujourd’hui en Europe après la Shoah ? Comment ouvrir le débat pour tous et sans culpabilité ? Comment transmettre l’expérience à l’heure ou les derniers survivants des camps de concentration sont en train de disparaitre ? Autant de questions que ces romans soulèvent et auxquelles s’il est difficile de répondre nous pouvons tous ensemble au moins essayer.

Ces rencontres/débats seront précédées et /ou suivies de Q&R, de dédicaces à la librairie du Musée et à l’auditorium. L’entrée est libre sur simple réservation :

Pour lire le programme complet et réserver

Je remercie le Musée du Mémorial de la Shoah de m’avoir fait découvrir ces romans et de nouveaux auteurs dont je suivrai les prochaines parutions ainsi que la librairie du Mémorial (Mémorial tour y est en vente). Tous les livres des deux rencontres sont disponibles à la librairie du musée, et nombreux titres sur le sujet introuvables ailleurs.

J’aurai plaisir à vous rencontrer le dimanche 9 octobre 2016.

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