dystopie, contre-utopie

Roman : qu’est-ce qu’une dystopie ?

Comme on m’a posé la question plusieurs fois, j’ai décidé d’y répondre dans un billet. Une dystopie est un sous-genre de la Science-Fiction. Il y a des dystopies célèbres : Le Meilleur des mondes (1932) d’Aldous Huxley, 1984 (1949) de George Orwell, Fahrenheit 451 (1953) de Ray Bradbury, La Planète des singes (1963) de Pierre Boulle et plus récemment la trilogie de The Hunger Games de Suzanne Collins qui a eu un succès retentissant.

Définition

  1. Une dystopie est un récit de fiction dépeignant une société imaginaire organisée de telle façon qu’elle empêche ses membres d’atteindre le bonheur.
  2. Une dystopie peut également être considérée comme une utopie qui vire au cauchemar et conduit donc à une contre-utopie. L’auteur entend ainsi mettre en garde le lecteur en montrant les conséquences néfastes d’une idéologie (ou d’une pratique) présente à notre époque.

Mémorial Tour se situe dans la défnition 2. Cependant, quand j’ai commencé à écrire ce roman, je n’ai pas essayé d’écrire une dystopie, je ne me suis pas dit, tiens si j’écrivais une dystopie,  je n’ai même pas pensé à ce genre en élaborant le concept et la trame de Mémorial Tour. Loin de moi d’essayer de coller à un genre quand j’écris. Je me suis tout simplement posé une question :  qu’est-ce qui se passerait si un tour-operateur proposait un séjour dans les camps ? Je suis partie de ce “si” et j’ai créé des voyageurs idéalistes aux aspirations diverses : voyeurisme, recueillement, devoir de mémoire, désir d’effroi, les motivations profondes des visiteurs des camps de concentration, en dehors de ceux qui ont de la famille qui y a péri ou survécu, sont multiples.

Il est clair que la pratique de la visite des camps de concentration atteint chez certains Tour-Opérateurs des sommets d’absurdité comme l’indique l’extrait de cet article de T. Rin :

“… il s’agit aujourd’hui d’un “produit d’appel”, tous les tours-opérateurs proposant un tour en Cracovie incluent la visite d’Auschwitz. C’est même la première destination des tour-opérateurs organisés par la Cracovie, comme Cracow City Tour. La visite est organisée, depuis le transport, le « repas juif typique », jusqu’à la visite dans les camps, le tout étant payant. Cette multiplication du tourisme vers le site d’Auschwitz suscite de nombreux débats. Comment empêcher le camp de concentration de devenir un lieu hautement touristique, perdant presque toute sa force mémorielle ? Il ne s’agit en aucun cas de fermer les lieux, mais de repenser le discours et la visite du camp. Les organismes de tourisme transmettent parfois un discours historique biaisé, à la limite de la caricature. En effet, les clichés sont entretenus dans certaines boutiques touristiques : sur la place centrale de Varsovie, le visiteur peut acheter une représentation d’un Juif du ghetto avec un nez crochu et même un sac rempli de monnaie à la main. Est-ce entretenir la mémoire juive que de marchander de telles représentations ? Des compagnies de bus utilisent même de façon ironique l’Histoire pour lutter contre la concurrence en arborant des slogans comme : « Auschwitz ? Avec un ticket retour ? Depuis le centre ville ? Oui c’est possible ». La concurrence touristique aboutit ainsi à des absurdités, loin de toute perspective commémorative. Mais le plus alarmant réside dans le discours historique proposé lors des visites, qui ne respecte pas l’histoire précise du camp. Certains blocs ne sont pas montrés, tous les déportés sont présentés de la même manière (Juifs, Polonais, Russes, Tsiganes) au point de faire l’amalgame entre déportation et extermination : aucune nuance n’est présentée. ”

Cette dérive m’a inspiré. Un certain humour noir, proche du cynisme de ces tour-opérateurs, qui ne reculent devant rien pour attirer plus de clients, est, bien entendu, présent dans mon roman. Dans la contre-utopie, il faut forcer le trait, pousser les logiques le plus loin possible pour faire ressortir les travers ou les mises en péril d’une société. Quand le cauchemar est total, un peu d’humour apporte de l’oxygène dans l’écriture comme dans la vie.

Je n’avais donc pas pensé au genre en écrivant ce roman, je poussais juste un peu plus loin la logique commerciale de ces tour-opérateurs. La contre-utopie s’est imposée d’elle-même. Et comme aujourd’hui le classement par genre des livres est indispensable pour le rendre visible, j’ai embrassé cette catégorie, même si je sais que mon roman n’a pas le style ou toutes les caractèristiques du roman de Science-fiction. Ray Bradbury mentionne que ses premières nouvelles ont été rejetées par les rédacteurs en chef des revues de Science-fiction parce qu’ils reprochaient à ses nouvelles de ne pas être de la Science-fiction et par les revues de littérature blanche parce que ses nouvelles étaient de la Science-fiction… Ray Bradbury, aujourd’hui, est considéré non seulement comme un auteur de Science-fiction, mais aussi comme un auteur qui a réinventé le genre. Loin de moi l’idée que je pourrais réinventer la Science-fiction, mais juste pour dire que finalement le genre, c’est une façon de donner une aura à un livre, de renseigner et guider le lecteur et sans nul doute de rendre un livre plus accessible et plus visible sur les plateformes de distribution.

Pour finir, je vous laisse remarquer que si on inverse seulement deux lettres dans Memorial de Mémorial Tour (ce qui m’arrive souvent en écrivant, car je tape trop vite), ça donne Mémorail Tour. Pour un roman qui se passe en grande partie dans un train, c’est étonnant ! Le diable est dans les détails. 🙂

Mémorial Tour est en précommande, sortie officielle ce jeudi 5 mai 2016 sur Amazon, en version numérique et papier.

Memorial Tour, roman

 

Cet article est le numéro 4 d’une série de 6 articles autour des thèmes et de l’écriture de mon nouveau roman, Mémorial Tour. Lire l’article numéro 1 : Tourisme noir ou tourisme mémoriel ?, l’article numéro 2 : Le mémorial est-il un rempart efficace contre la barbarie ?, l’article numéro 3 : Tentative de tracer l’histoire d’un roman : Mémorial Tour

Article de référence : ” Le tourisme noir : une désolation ? “ de T. Rin, blog L’art de muser

 

Texte ©Chris Simon
Couverture ©Hervé X. Lemonnier

 

2 thoughts on “Roman : qu’est-ce qu’une dystopie ?

  1. LIEKO

    Merci, Chris, pour cette « définition » de la dystopie. Définir le genre de son roman reste très difficile pour moi. J’écris et lorsque j’ai fini, je me dis mince, où puis-je le “caser” et c’est parfois frustrant. Cela me rassure de ne pas être la seule… Et puis surtout, bravo pour cette idée de « Mémorial Tour » qui lance le débat sur ce genre de tourisme. Encore merci à toi, Valérie Lieko

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    1. chrisimon Post author

      Oui, c’est un travail d’éditeur en fait. Définir à qui le livre s’adresse, à quel genre de lecteurs. Définir la catégorie est un aspect de ce travail. Merci pour ta visite.

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