Twin Towers, New York City

Tourisme noir ou tourisme mémoriel ?

Au lendemain des attentats du 11 septembre 2001, les touristes égarés dans un Manhattan décapité se ruaient dans les boutiques pour acheter ce qu’il restait de cartes postales des Twin Towers. Pratiquement le lendemain, on trouvait pour 10 dollars, dans les endroits les plus touristiques de la ville, des photos des tours du World Trade Center en flammes, ou leurs ruines en couleur.

C’était choquant de voir les touristes affluer de tous les états des État-Unis et du monde entier ; car nous étions en état de guerre, des check points avaient été installés de la pointe de Manhattan jusqu’à la 14e rue, (J‘habitais à la limite de Soho et Tribeca) et en même temps, je pouvais y voir une façon d’assimiler le choc éprouvé, celui d’avoir perdu une part d’identité et de tenter de se la réapproprier en achetant les images du désastre. Le monde entier se sentait meurtri par la destruction du plus haut symbole de puissance américain. Soit. Mais les tours n’étaient pas qu’un symbole pour les New Yorkais, elles étaient un paysage, un repère topographique, un rêve de puissance ou d’ascension sociale à atteindre ou tout simplement un lieu de travail pour des milliers de personnes (inclus, les métiers et business générés par leur présence)

Aujourd’hui, il y a un musée sur le site des tours du World Trade Center (lieu de mémoire, à la demande des familles des victimes). Un lendroit qui se voulait un lieu de recueillement, de mémoire ; et qui est devenue une attraction touristique, visitée, en 2011, par près de 4,5 millions de personnes (Le Figaro). Comme de nombreux New Yorkais, je n’y suis jamais allée, je me demande encore si j’irai, car je ne vois pas très bien ce que cela m’apporterait.

Le tourisme noir ou tourisme de la désolation qui consiste à visiter des sites, où des horreurs, des catastrophes, des massacres ont  eu lieu est en expansion.

Définitions sur un site d’un tour-opérateur :Le dark tourism est un type de tourisme qui consiste à se rendre pendant ses vacances dans des lieux associés à des événements tragiques. Les motivations des visiteurs sont multiples, et l’expression relativement péjorative de tourisme noir est donc à utiliser avec mesure.

Tour du génocide au Rwanda, parcours à Tchernobyl (site toujours radio actif), se mettre dans la peau d’un prisonnier toute une nuit à la prison de Karosta en Lettonie, tous les cauchemars sont possibles, palpables ! Les propositions de tour sont variées. Le touriste en mal de sensation extrême peut se faire peur autrement que par le saut en parachute ou à l’élastique, il peut approcher la souffrance, la mort atroce de ses semblables, vérifier le cauchemar en se rendant sur les lieux des violences.

Cet attrait pour le désastre, la mort, m’interroge, mais ce qui m’interroge le plus est le fait que les lieux de mémoire deviennent des lieux de tourisme de masse qui mélangent les genres. Les images de touristes en short buvant du coca-cola ou se prenant en selfie dans ce qu’il reste des couloirs de la mort à Auschwitz est sinon indécent, du moins surréaliste.

Camp de Bikernau/auschwitz

Camp d’Auschwitz II (Birkenau) (Vue de l’intérieur du camp)

Dans un article du magazine Télérama de 2011, le philosophe Alain Finkielkraut déplorait que le camp d’extermination nazi d’Auschwitz-Birkenau soit devenu « le Djerba du malheur », un lieu où le tourisme de masse vient brouiller le message originel, celui du souvenir : « On ne peut aujourd’hui sacraliser Auschwitz sans profaner Auschwitz […] Seulement, à partir du moment où on érige Auschwitz en temple de la mémoire, on en fait une destination touristique […] Nous sommes des proies consentantes de la grande malédiction touristique. Et c’est terrible, parce qu’il n’y a pas de coupable […] Je me dis qu’honorer les morts, respecter ces lieux, c’est aujourd’hui ne plus s’y rendre. »

On se dit qu’il est difficile parfois de faire la différence entre tourisme morbide et tourisme mémoriel.

Qu’est-ce qui distingue les deux, l’approche de la personne qui visite les lieux ou celle du tour- opérateur ? Qu’en pensez-vous ? Avez-vous déjà fait un voyage de ce genre ?

Que pensez-vous de ce nouveau genre de tourisme ?

 

Cet article est le premier d’une série de 6 articles autour des thèmes et de l’écriture de mon nouveau roman, Mémorial Tour. Lire l’article numéro 2 ici : Le mémorial est-il un rempart efficace contre la barbarie ?

 

Photo ©NYPL : “From The New York Public Library”

Texte ©Chrisimon 2016

 

 

 

 

5 thoughts on “Tourisme noir ou tourisme mémoriel ?

  1. Serge

    Vous confondez peut-etre lieu de receuillement et le fait qu’une majorite de visiteur deciuvre ces lieuz alors qu’ila font du tourisme.
    Le fait d’etre “en situation de tourisme” ne fait pas d’une visite au WTC ou a Aushwitz un site touristique.
    Qu’ils soient gere en tant que tel pour des raisons pratiques (economique, gestion des foules…) ne change pas plus les choses que le fait que votre epilateur a lames en titanium n’appartient au monde aeronautique.

    Le monde est complexe. Attention aux amalgames.

    Par ailleurs, j’ai some votre style litteraire et serais ravis de decouvrir ce premier chapitre en entire

    Amicalement,

    S.

    PS: Ecris Sur un mobile US de marque Japonaise. Navre…

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    1. chrisimon Post author

      Bonjour Serge, Je ne fais pas l’amalgagme, mais si vous avez été dans un de ces lieux, vous aurez remarqué le comportement de certains visiteurs. La visite de ces lieux fait la fortune de tour opérateurs peu scrupuleux. Il y a de très sérieux articles sur le sujet et mon article est effectivement une introductionplus qu’une analyse en profondeur. Merci d’apprécier mon style littéraire, vous pouvez télécharger les 2 premiers chapitres du roman dans cet article : http://chrisimon.com/e-book-extrait-de-memoral-tour-pdf/ (en cliquant sur la dernière image de l’article) Merci pour votre visite.

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    1. chrisimon Post author

      Merci Mélissandre. J’essaie vraiment d’impliquer le lecteur dans la thématique de mon roman, contente que cela fonctionne pour toi. C’est un sujet difficile, j’ai mis du temps à me décider à l’achever et à le publier. Si tu as des questions n’hésite pas, cela pourrait faire l’objet d’un article ou ouvrir un débat, ce qui serait formidable. Bonne journée.

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